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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114590

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114590

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDJEUMAIN BAGNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 octobre et 10 décembre 2021,

M. A B, représenté par Me Djeumain Bagni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 9 août 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Thébault, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant mauritanien né le 18 décembre 1987 à Dafort (Mauritanie), a sollicité le 18 juin 2019 une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 14 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Il ressort de l'arrêté attaqué que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a énoncé les considérations de droit et de fait sur lesquelles il a fondé son arrêté. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article

L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

4. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis huit années, qu'il a travaillé en qualité d'ouvrier à temps partiel au sein de la société USP nettoyage entre le

1er décembre 2017 et le 4 novembre 2021, date à laquelle son employeur a rompu son contrat de travail en raison de sa situation au regard du droit au séjour et du fait que ce dernier a travaillé en utilisant l'identité de son frère. Toutefois, il ressort cependant des pièces du dossier que sa présence sur le territoire français n'est établie qu'à compter de l'année 2016, les pièces produites au titre des années 2014 et 2015 étant peu nombreuses et peu probantes, la durée de séjour ne pouvant au demeurant constituer à elle seule un motif humanitaire ou une circonstance exceptionnelle au sens et pour l'application des dispositions précitées. Par ailleurs, s'agissant de l'activité professionnelle dont il a justifié entre 2017 et 2021, soit un peu plus de trois années à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'il a été employé sous une identité d'emprunt et ne fait au demeurant état d'aucune expérience antérieure ou qualification particulière pour son exercice. Il en résulte que le requérant ne fait pas valoir de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier son admission au séjour en France au sens de l'article L. 313-14 précité. Pour les mêmes motifs, alors que M. B est célibataire et sans charge de famille, et qu'il ne fait état d'aucune attache familiale nonobstant la présence en France de son frère et d'aucune insertion sociale sur le territoire, la décision de refus de séjour n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. () ".

7. Le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est manifestement inappropriée compte tenu de l'ancienneté de son séjour et de son emploi dans une société de nettoyage depuis le 1er décembre 2017. Il ressort cependant du point 4 qu'à la date de l'arrêté attaqué, le requérant n'établit une ancienneté de séjour que d'environ trois années et que son emploi dans la restauration est insuffisamment justifié. Il ressort au surplus de l'arrêté attaqué que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le

17 octobre 2013, à laquelle il s'est pas conformé. Dans ces conditions, le préfet de la

Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 14 octobre 2020. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées et, en tout état de cause, celles tendant au paiement des dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

M. Iss, premier conseiller.

M. Thébault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. THEBAULT

Le président,

Signé

J. CHARRET

La greffière,

Signé

I. SERVEAUX

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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