jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DRAI ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2021, et un mémoire en réplique, enregistré le 5 mai 2022, la compagnie de Phalsbourg, représentée par Me Domas, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Rosny-sous-Bois au versement d'une somme totale de 8 663 652,56 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la non-réalisation du projet " Village vertical " ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rosny-sous-Bois une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, que la responsabilité contractuelle de la commune est engagée, dès lors que des engagements réciproques ont été formalisés entre 2018 et 2020 et que la renonciation unilatérale au projet " Village vertical ", en l'absence de motif d'intérêt général, constitue une faute ;
- à titre subsidiaire, que la responsabilité extracontractuelle de la commune est engagée, dès lors que les engagements de la commune à réaliser le projet étaient fermes et que cette promesse non tenue est constitutive d'une faute ;
- que la lettre du 17 juin 2020 par laquelle l'ancien maire de la commune s'est engagé à lui verser une indemnité compensant les pertes financières liées à l'abandon du projet est une promesse non tenue constitutive d'une faute ;
- que la renonciation unilatérale au projet constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune, dans la mesure où elle n'est justifiée par aucun motif d'intérêt général ;
- que les fautes commises par la commune lui ont causé des préjudices financiers, une perte de chance de percevoir les bénéfices escomptés, ainsi qu'un préjudice d'image, qu'elle évalue à 8 363 650,92 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 avril et 24 mai 2022, la commune de Rosny-sous-Bois, représentée par la SELARL Drai associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la compagnie de Phalsbourg d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante sont partiellement irrecevables, dès lors qu'elle demande, dans le cadre de l'instance, le versement d'une somme de 8 363 650,92 euros et la réparation de son préjudice d'image, alors que sa réclamation préalable indemnitaire ne tendait qu'au versement d'une somme de 1 932 470,40 euros et ne faisait pas état d'un tel préjudice, que les conclusions dirigées contre la décision du 17 juin 2020 sont tardives, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- l'avis envoyé aux parties, en date du 4 avril 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, informant les parties que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du deuxième trimestre 2022 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 5 mai 2022 ;
- l'ordonnance du 4 juillet 2022 portant clôture immédiate de l'instruction ;
- les autres pièces du dossier.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la société requérante tendant à l'engagement de la responsabilité contractuelle de la commune, dans la mesure où ce fondement de responsabilité, d'une part, n'a pas été invoqué à l'appui de sa réclamation préalable indemnitaire du 13 juillet 2021, et, d'autre part, qu'il relève d'une cause juridique nouvelle invoquée après l'expiration du délai de recours contentieux.
Vu les observations en réponse à ce moyen, présentées pour la commune de Rosny-sous-Bois, enregistrées les 10 et 26 octobre 2022 et présentées pour la compagnie de Phalsbourg, enregistrées le 12 octobre 2022.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,
- les observations de Me Goutner pour la Compagnie de Phalsbourg, et de Me Margaroli pour la commune de Rosny-sous-Bois.
Vu la procédure suivante :
1. A la suite de l'appel à projets " Inventons le Grand Paris " organisé en 2016 par la métropole du Grand Paris, la compagnie de Phalsbourg a été désignée, le 4 avril 2018, lauréate pour son projet de " Village vertical ", qui avait vocation à s'implanter sur le territoire de la commune de Rosny-sous-Bois. Par un courrier du 17 juin 2020, la commune a toutefois renoncé à la réalisation du projet, puis a, par un courrier du 31 août 2021, rejeté la réclamation préalable indemnitaire du 13 juillet 2021 présentée par la compagnie de Phalsbourg tendant à la réparation des préjudices qu'elle impute à cette renonciation unilatérale. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de condamner la commune à lui verser une somme de 8 663 652,56 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cette renonciation.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Si la responsabilité d'une collectivité locale, encourue à l'occasion de la gestion de son domaine privé, en raison de la rupture de pourparlers qui n'avaient pas trait à l'exercice d'une mission de service public sur le domaine privé, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève à ce titre de la compétence de la juridiction judiciaire, il en va différemment lorsque le contrat envisagé devait affecter le périmètre et la consistance de ce domaine.
3. En l'espèce, dès lors que les pourparlers entre la Compagnie de Phalsbourg et la commune devaient conduire à la vente d'un terrain et auraient donc affecté la consistance du domaine privé communal, le litige ressortit à la compétence de la juridiction administrative. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour en connaître.
Sur la responsabilité contractuelle :
4. Il résulte de l'instruction que la compagnie de Phalsbourg a adressé à la commune, le 13 juillet 2021, une réclamation préalable indemnitaire tendant à l'engagement de sa " responsabilité extracontractuelle pour faute constituée par la méconnaissance de ses engagements fermes à réaliser le projet de Village vertical ". Par suite, les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité contractuelle de la commune, qui relèvent d'une cause juridique distincte de celle dont la requérante s'est prévalue à l'appui de sa réclamation préalable indemnitaire, et qui, en outre, ont été présentées le 5 mai 2022, après l'expiration, le 4 novembre 2021, du délai de recours contentieux, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la responsabilité extracontractuelle :
En ce qui concerne les fautes alléguées :
5. En premier lieu, si la rupture unilatérale, par la personne publique, pour un motif d'intérêt général, des négociations préalables à la passation d'un contrat n'est pas de nature à engager sa responsabilité pour faute, cette responsabilité peut, toutefois, être mise en cause lorsque la personne publique, au cours des négociations, a incité son partenaire à engager des dépenses en lui donnant, à tort, l'assurance qu'un tel contrat serait signé, sous réserve que ce dernier n'ait pu légitimement ignorer le risque auquel il s'exposait.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la requérante, sa désignation comme lauréate de l'appel à projets ne valait pas, de la part de la commune, acceptation ferme et définitive de son projet, mais marquait l'engagement d'une phase préparatoire de pourparlers afin d'évaluer sa faisabilité et d'en proposer, le cas échéant, des évolutions. A ce titre, la commune a sollicité, par un courrier du 25 juillet 2019, une prorogation de ces pourparlers pour une durée de douze mois, ainsi que le report de la signature de la promesse de vente de la parcelle destinée à accueillir le projet afin de permettre la réalisation, d'une part, de diagnostics géotechniques et de pollution des sols et, d'autre part, d'études liées au dévoiement de canalisations de gaz et d'eau. Les circonstances que la commune a demandé à la société requérante, au mois de juillet 2019 et au mois de décembre 2019, d'explorer certaines pistes de modification du projet, que plusieurs réunions se sont tenues, au cours du mois de juin 2019, pour la rédaction de la promesse de vente de la parcelle destinée à recevoir le projet, et que la compagnie a été sollicitée, au mois d'octobre 2019 et au mois de mars 2020, pour la conclusion d'une convention de financement relative au dévoiement d'une canalisation de gaz s'inscrivaient dans le cadre de ces pourparlers destinés à évaluer la faisabilité du projet et à déterminer ses caractéristiques techniques et ne sauraient être regardés comme des engagements de la commune à réaliser effectivement le projet. La société requérante a par ailleurs reconnu, dans le cadre d'une correspondance avec la commune, le 26 novembre 2019, que les résultats des diagnostics géotechniques et de la pollution des sols avaient " révélé des conditions exceptionnelles qui fragilisent l'économie générale du projet ", et ne pouvait donc ignorer les incertitudes qui persistaient autour de sa faisabilité. En outre, aucune promesse de vente de la parcelle devant accueillir le projet n'a été signée entre le 4 avril 2018, date à laquelle la requérante a été désignée lauréate de l'appel à projets, et le 10 juin 2020, date à laquelle elle a été informée de l'abandon vraisemblable du projet. Dans ces circonstances, la commune de Rosny-sous-Bois ne peut être regardée comme ayant pris des engagements fermes à réaliser le projet envers la requérante. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune lui aurait donné l'assurance que le contrat tendant à la réalisation du projet de " Village vertical " serait signé.
7. D'autre part, la commune soutient qu'elle a renoncé au projet de " Village vertical " en raison de l'intérêt général s'attachant à mettre en place un moratoire sur la densification urbaine, notamment au regard des conséquences du contexte sanitaire sur la qualité de vie et sur la santé des Rosnéens et des attentes de ces derniers. Toutefois, d'une part, la commune n'apporte aucun élément de nature à justifier que la réalisation du " Village vertical ", qui contribuait à la densification urbaine sans étalement, aurait eu des conséquences néfastes sur l'environnement. D'autre part, la commune n'établit pas, par les pièces qu'elle verse aux débats, que l'abandon du projet aurait répondu aux souhaits d'une part importante de la population rosnéenne. Par conséquent, les motifs invoqués par la commune ne peuvent être regardés comme des motifs d'intérêt général suffisants pour justifier la rupture unilatérale des négociations. La commune de Rosny-sous-Bois a, dès lors, commis une faute en renonçant au projet pour ces motifs.
8. En deuxième lieu, la faute commise par une collectivité qui n'a pas tenu sa promesse est susceptible d'engager sa responsabilité extracontractuelle devant le juge administratif.
9. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 17 juin 2020, le maire alors en exercice a informé la requérante que la commune souhaitait renoncer au projet de " Village vertical " et qu'elle assumerait les conséquences financières liées à cette renonciation. La requérante est donc fondée à soutenir que cet engagement formel non tenu constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Rosny-sous-Bois.
10. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité pour faute de la commune de Rosny-sous-Bois n'est engagée qu'à raison des préjudices résultant, d'une part, de la rupture des pourparlers en l'absence de motif d'intérêt général, et, d'autre part, de la promesse d'indemnisation faite le 17 juin 2020 à la société requérante et non tenue.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
11. D'une part, si la requérante soutient avoir subi un préjudice financier, dès lors qu'elle a vainement exposé une somme de 2 787 474,04 euros correspondant, notamment, à des frais liés à la réalisation de diagnostics et d'études des sols, elle produit, au soutien de cette allégation, une unique facture du 30 novembre 2020 adressée à la commune de Rosny-sous-Bois correspondant à des " débours internes " et " externes " ne comportant aucune autre indication quant aux prestations correspondant à ces débours, et n'établit donc pas la réalité d'un tel préjudice. D'autre part, le préjudice d'image qu'elle invoque n'est pas établi.
12. Enfin, dès lors que la compagnie ne détenait aucun droit à la réalisation du projet, le préjudice correspondant au manque à gagner du fait de la perte de chance de le réaliser ne saurait être indemnisé.
Sur l'enrichissement sans cause :
13. Il n'est pas établi que les études des sols que la requérante soutient avoir financées auraient été utilisées par la commune pour réaliser d'autres projets sur la parcelle concernée, et que cette dernière se serait ainsi enrichie corrélativement à l'appauvrissement de la requérante. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune à lui verser une quelconque somme au titre de l'enrichissement sans cause.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par la compagnie de Phalsbourg doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rosny-sous-Bois la somme que la compagnie de Phalsbourg demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la compagnie de Phalsbourg la somme que demande la commune de Rosny-sous-Bois en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le requête de la compagnie de Phalsbourg est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Rosny-sous-Bois présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la compagnie de Phalsbourg et à la commune de Rosny-sous-Bois.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
M. B
La présidente,
K. Weidenfeld
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026