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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115237

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115237

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantBESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dans la mesure où la circonstance qu'il a utilisé une fausse carte d'identité ne permet pas de remettre en cause la durée de son activité professionnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux ;

- les conditions auxquelles est subordonné le prononcé de cette décision ne sont pas remplies ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- il justifie de circonstances humanitaires particulières qui faisaient obstacle à son prononcé ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire ne défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 28 mars 1980, a formulé une demande de carte de séjour temporaire le 30 août 2021. Par un arrêté du 4 octobre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, si M. A soutient que le préfet a commis une erreur de droit en considérant que l'utilisation d'une carte d'identité frauduleuse est de nature à remettre en cause l'ancienneté de l'insertion professionnelle dont il se prévaut, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour estimer que M. A ne remplissait pas les conditions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, le préfet s'est notamment fondé sur le fait que l'intéressé n'avait pas présenté le contrat de travail visé par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, pas plus que le certificat médical requis par la stipulation précitée. Alors qu'il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'a examiné la demande de carte de séjour portant la mention " salarié " formulée par M. A que sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et pas au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif, à l'exclusion de celui tiré de l'utilisation d'une carte d'identité frauduleuse. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en 2017, qu'il y séjourne depuis habituellement, qu'il exerce une activité professionnelle de ferrailleur depuis le mois de juin 2018 et que son employeur qui est satisfait de lui a formulé une demande d'autorisation de travail à son profit. Cependant, alors que M. A ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, d'une part, la durée de présence ainsi que l'insertion professionnelle dont il se prévaut ne sont pas suffisamment significatives et d'autre part, il ressort des pièces du dossier que son épouse et leur enfant mineur résident au Maroc. Dans ces conditions, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point précédent, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 3, les moyens tirés par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 [] sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

7. Si le préfet a visé l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui encadre les conditions dans lesquelles le délai de départ volontaire est refusé, il n'a pas explicité, dans le corps de son arrêté, le motif sur lequel il s'est fondé pour prononcer la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée n'est pas motivée doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, ainsi que, par voie de conséquence celle de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui se borne à annuler les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, n'implique nécessairement ni la délivrance d'un titre de séjour à M. A, ni le réexamen de sa demande. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction formulées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 4 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. A et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

La rapporteure,

Le président,

M. BA. Myara La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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