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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115491

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115491

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDIKOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Dikor, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le principe du contradictoire garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 22 juillet 2011 du ministre de l'intérieur ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des article L. 435-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 6 septembre 2022, il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Thébault, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 1er janvier 1980 à Bamendjou (Cameroun), est entré sur le territoire français le 25 avril 2013 selon ses déclarations. Il a sollicité le 23 mars 2021, une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle. Par arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour litigieuse :

2. Les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne sont assorties d'aucun moyen venant à leur soutien. Elles ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français est une mesure de police qui, comme telle, doit être motivée. Néanmoins, cette motivation se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour que cette obligation de motivation puisse être regardée comme ayant été respectée. Par suite, dès lors qu'il ressort de la décision de refus de titre de séjour que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a énoncé les considérations de droit et de fait sur lesquelles il a fondé sa décision, et au fait que l'arrêté vise explicitement les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté. Il ne ressort enfin pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour décerner à la requérante une mesure d'éloignement.

4. En deuxième lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été mis à même, dans le cadre de l'instruction de sa demande de délivrance de titre de séjour, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 de ce code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15,

L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Si M. B soutient résider habituellement en France depuis 2013, il ne l'établit pas du fait du faible nombre de documents probants produits pour les années 2014, 2015, et 2016. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait constitué en France le centre de sa vie privée et familiale, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Mauritanie, pays qu'il a quitté, au plus tôt, à l'âge de trente-trois ans et où résident encore ses parents et deux soeurs. S'il se prévaut d'une intégration sur le territoire français par le travail, la circonstance selon laquelle il justifie d'un emploi en qualité d'électricien au sein de la société " HAAT " depuis plusieurs années, eu égard au caractère récent de son activité et au fait qu'il a été recruté en se faisant passer pour son frère ne sont pas de nature à démontrer qu'il a établi le centre de ses intérêts personnels en France dans la durée et la stabilité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'obligeant à quitter le territoire français, ni en tout état de cause, de la circulaire du ministre de l'intérieur du 11 juillet 2011.

7. En dernier lieu, si un étranger ne peut faire l'objet d'une mesure prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article

L. 611 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux étrangers qui en remplissent les conditions, ne saurait être utilement invoquée par l'étranger à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. En tout état de cause, à supposer le moyen tiré de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers opérant, et alors même que le préfet a retenu à tort que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public en raison de la circonstance selon laquelle il aurait été entendu par les services de polices dans le cadre d'une reconnaissance frauduleuse de paternité en vue de bénéficier d'un titre, ce dernier ne justitifant pas ces éléments alors que le requérant soutient que la procédure aurait été classée sans suite, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision au regard de ce qui a été dit précédemment.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des article L. 435-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être utilement soulevés à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. En tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités au point 7.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être rejeté, alors que la décision du préfet précise que l'étranger pourra être reconduit à l'expiration du délai de départ volontaire vers le pays où il a la nationalité ou tout état dans lequel il serait légalement admissible.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 octobre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées et, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

M. Iss, premier conseiller,

M. Thébault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. THEBAULT

Le président,

Signé

J. CHARRET

La greffière,

Signé

I. SERVEAUX

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2115491

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