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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116230

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116230

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116230
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre (J.U)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 30 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, ainsi que l'ensemble des décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des

19 octobre 2015 (1 point), 8 novembre 2015 (1 point), 18 novembre 2015 (1 point), 11 août 2016 (1 point), 20 novembre 2016 (1 point), 2 mars 2017 (1 point), 14 mars 2017 (1 point),

15 avril 2017 (1 point), 22 avril 2017 (1 point), 30 avril 2017 (1 point), 1er mai 2017 (1 point),

28 mai 2017 (1 point), 16 juin 2017 (3 points), 11 décembre 2017 (1 point), 30 avril 2019

(1 point), 11 juillet 2021 (1 point) et 15 juillet 2021 (1 point) ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer les points correspondant à ces infractions sur le capital de son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route préalablement aux retraits de points consécutifs aux infractions qui lui sont reprochées ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer partiel, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision 48 SI du 30 septembre 2021 a été retirée ;

- l'infraction constatée le 8 novembre 2015 ne donne plus lieu à retrait de point ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une lettre du 23 février 2023, la magistrate désignée a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 18 novembre 2015, 11 décembre 2017 et 30 avril 2019 dès lors que les points ont été restitués au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code de procédure pénale,

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision 48 SI en date du 30 septembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité du permis de conduire pour solde de points nul de

M. C, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Le requérant demande l'annulation de cette décision, ainsi que celle des décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 19 octobre 2015, 8 novembre 2015, 18 novembre 2015, 11 août 2016, 20 novembre 2016, 2 mars 2017, 14 mars 2017, 15 avril 2017, 22 avril 2017, 30 avril 2017, 1er mai 2017, 28 mai 2017, 16 juin 2017, 11 décembre 2017, 30 avril 2019,

11 juillet 2021 et 15 juillet 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, il ressort du relevé d'information intégral du 20 janvier 2022 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, les mentions relatives à la décision 48 SI ont été supprimées. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre la décision 48 SI du

30 septembre 2021 sont dépourvues d'objet et, par suite irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie.

3. D'autre part, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer soutient dans ses écritures que les points retirés suite à l'infraction commise le 8 novembre 2015 ont été restitués, il ne ressort pas du relevé d'information intégral de M. C que le point a été restitué. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut être accueillie.

Sur l'étendue du litige :

4. Il ressort du relevé d'information intégral du 20 janvier 2022 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. C a été crédité les 5 juin 2016, 1er juillet 2018 et 27 novembre 2019, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, des points retirés au titre des infractions commises les 18 novembre 2015,

11 décembre 2017 et 30 avril 2019. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont dépourvues d'objet et, par suite irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 16 juin 2017 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 20 janvier 2022 que l'infraction commise le 16 juin 2017 a été constatée par procès-verbal électronique produit au dossier. Si le ministre produit une copie du procès-verbal de cette infraction, celui-ci n'est toutefois pas signé par le requérant et ne comporte pas la mention " refus de signer " qui doit être apposée par l'agent verbalisateur, ce qui ne permet pas d'établir sa présentation au contrevenant. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision de retrait de points relative à l'infraction du 16 juin 2017 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et doit être annulée.

S'agissant des infractions commises les 19 octobre 2015, 8 novembre 2015,

11 août 2016, 20 novembre 2016, 2 mars 2017, 14 mars 2017, 15 avril 2017, 22 avril 2017,

30 avril 2017, 1er mai 2017, 28 mai 2017, 11 juillet 2021 et 15 juillet 2021 :

9. Il ressort du même relevé d'information intégral que les infractions litigieuses ont été constatées par radar automatique suivi de l'émission d'un avis de contravention. Il résulte de l'instruction que M. C s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 19 octobre 2015, 8 novembre 2015, 11 août 2016,

20 novembre 2016,2 mars 2017, 14 mars 2017, 15 avril 2017, 22 avril 2017, 30 avril 2017,

1er mai 2017, 28 mai 2017, 11 juillet 2021 et 15 juillet 2021. Il a dès lors nécessairement reçu à l'adresse de son domicile un avis de contravention rédigé selon un modèle type comportant toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende. Le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " et aux termes de l'article 530 du code de procédure pénale dispose que " Le titre mentionné au second alinéa de l'article L. 529-2 () est exécuté suivant les règles prévues par le présent code pour l'exécution des jugements de police. La prescription commence à courir à compter de la signature par le ministère public du titre exécutoire, qui peut être individuel ou collectif. Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée (). La réclamation doit être accompagnée de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'amende considérée () à défaut de quoi elle est irrecevable ".

S'agissant de l'infraction commise le 16 juin 2017 :

11. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite dans le système national de permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 20 janvier 2022 qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée relative à l'infraction contestée a été émis. Ainsi, l'intéressé, qui ne justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, n'est pas fondé à soutenir que la réalité de l'infraction commise le 16 juin 2017 ne serait pas établie.

S'agissant des infractions commises les 19 octobre 2015, 8 novembre 2015, 11 août 2016, 20 novembre 2016, 2 mars 2017, 14 mars 2017, 15 avril 2017, 22 avril 2017, 30 avril 2017, 1er mai 2017, 28 mai 2017, 11 juillet 2021 et 15 juillet 2021 :

13. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 20 janvier 2022 renseigné par le ministère public que M. C a réglé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 19 octobre 2015, 8 novembre 2015, 11 août 2016, 20 novembre 2016, 2 mars 2017, 14 mars 2017, 15 avril 2017, 22 avril 2017, 30 avril 2017, 1er mai 2017, 28 mai 2017, 11 juillet 2021 et 15 juillet 2021. Il suit de là qu'en application de l'article

L. 223-1 précité du code de la route, la réalité de ces infractions est établie.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à obtenir l'annulation de la décision du 16 juin 2017 lui ayant retiré un total de trois points.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des trois points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. C dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de points relative à l'infraction du 16 juin 2017 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. C le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction mentionnée à l'article 1er ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

T. Chonville

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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