vendredi 24 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2116263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | NDIAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2021, M. F C B, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
en ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- son signataire est incompétent ;
- il est insuffisamment motivé ;
- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;
en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la décision d'éloignement n'a pas pour effet d'interrompre la durée de présence en France ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée au regard de l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine-Saint-Denis ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'avis rendu par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine-Saint-Denis est illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant tunisien, né le 25 juin 1991, a déposé le 29 mars 2019 une demande de carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 8 avril, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et interventions, à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, mettant ainsi le requérant en mesure de comprendre les raisons pour lesquelles cette mesure a été prise à son égard et de la contester utilement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné sérieusement sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés.
Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, si M. C B établit sa présence continue en France depuis 2015, il ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels il est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, bien que M. C B ait occupé des emplois à temps partiel en tant que préparateur dans une boulangerie entre le 1er février 2016 et le 31 mai 2017 et d'ouvrier dans le secteur du bâtiment entre le 2 janvier 2018 et 30 novembre 2018, puis un emploi à temps plein en tant que cuisinier entre le 9 juin 2021 et le 30 septembre 2021, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé, pour refuser le séjour à M. C B, sur la circonstance que s'étant soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement notifiée le 4 janvier 2015, il ne pouvait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de cette mesure. Ce faisant, alors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière, le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit. Cette erreur de droit demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que, comme exposé au point précédent, le requérant, qui ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante, aurait pris la même décision au regard de son pouvoir de régularisation s'il ne l'avait pas commise.
6. En troisième lieu, M. C B ne justifie pas de l'envoi des pièces sollicitées par la préfecture de la Seine-Saint-Denis pour compléter l'instruction de sa demande d'autorisation de travail. En outre, il ne résulte pas des termes de la décision portant refus de séjour en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se soit cru lié, pour prendre cette décision, par l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine-Saint-Denis. En tout état de cause, le motif tiré de l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine-Saint-Denis pris n'est pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier le refus d'un titre de séjour fondé sur l'admission exceptionnelle au séjour. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que si le préfet de la Seine-Saint-Denis n'avait pas retenu que ce motif, il aurait pris la même décision. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de l'avis du 9 juillet 2021 et de la méconnaissance de l'étendue de la compétence du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, il résulte de ce précède que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour entraînerait l'illégalité de la décision d'éloignement ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
9. Il ressort des termes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément
10. Pour prendre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée, le préfet s'est fondé sur l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé et sur le défaut d'exécution d'une mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de l'intéressé le 4 janvier 2015, notifiée le même jour à ce dernier. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, la circonstance que sa présence ne constituait pas une menace pour l'ordre public ne faisait pas obstacle au prononcé de cette décision. Par suite, le préfet, en prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, n'a pas méconnu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2021. Ainsi, ses conclusions à fin d'annulation et par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.
La rapporteure
C. A
La présidente
J. Jimenez
Le greffier
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2116263
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026