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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116300

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116300

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 et 30 novembre 2021, Mme A B épouse C, représentée par Me Bertrand, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de violation de la loi, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur la requête, à titre principal, à son rejet au fond, à titre subsidiaire.

Il soutient que, par un arrêté du 11 avril 2022, il a explicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B épouse C, au motif de l'absence de comparution personnelle de l'intéressée en préfecture.

Par un deux mémoires complémentaires, enregistrés le 14 avril 2022 et le 24 juillet 2022, la requérante maintient les conclusions de sa requête et soutient en outre que :

- la requête a conservé son objet, dès lors que la décision du 11 avril 2022 s'est substituée à la décision implicite de rejet initiale ;

- elle pouvait adresser sa demande de titre de séjour par voie postale à bon droit, dès lors que la circonstance que l'administration a mis en place un téléservice ne fait pas obstacle à ce que les administrés la saisissent par un autre moyen ;

- la procédure de prise de rendez-vous en ligne mise en place par la préfecture de la Seine-Saint-Denis est surchargée ;

- le préfet, en rendant obligatoire l'emploi de téléservice de prise de rendez-vous pour la présentation des demandes de titre de séjour a entaché sa décision d'une violation de la loi.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- et les observations de Me Bertrand, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante marocaine née en 1979, a sollicité auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis, par lettre recommandée reçue le 15 juin 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet. Elle demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de Mme B épouse C est initialement née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur cette demande pendant plus de quatre mois, il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet a expressément rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressée par une décision du 11 avril 2022. Ainsi, cette décision du 11 avril 2022 s'est substituée à la décision implicite de rejet précédemment née du silence gardé par le préfet. Cette circonstance n'a pas pour effet de priver le litige de son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision litigieuse du 7 janvier 2022 vise, notamment, les articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle, en application de ces articles, que les demandes d'admission exceptionnelle au séjour doivent être effectuées sur présentation du demandeur en préfecture, relève qu'en l'espèce Mme B épouse C ne justifie pas être dans l'impossibilité d'effectuer elle-même le dépôt de sa demande en préfecture et indique qu'en conséquence sa demande de titre de séjour adressée par voie postale doit être rejetée. La décision litigieuse comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et respecte en conséquence les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. ".

5. Il est en outre constant, d'une part, que les demandes d'admission exceptionnelle au séjour ne figurent pas dans la liste définie à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a prévu aucune possibilité de présentation d'une demande de titre de séjour par voie postale sur le fondement du deuxième alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il suit de tout ce qui précède que pour introduire valablement une demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'étranger doit se présenter physiquement en préfecture ou en sous-préfecture.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C, qui ne justifie d'aucune impossibilité de se présenter personnellement en préfecture, a adressé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au préfet de la Seine-Saint-Denis par voie postale, en méconnaissance de la règle de la comparution personnelle prévue par les dispositions précitées de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par suite, le préfet, pour ce seul motif, pouvait légalement rejeter sa demande.

8. En troisième lieu, l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute personne, dès lors qu'elle s'est identifiée préalablement auprès d'une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. Cette administration est régulièrement saisie et traite la demande, la déclaration, le document ou l'information sans lui demander la confirmation ou la répétition de son envoi sous une autre forme ". Aux termes de l'article L. 112-10 du même code : " L'application des articles L. 112-8 et L. 112-9 à certaines démarches administratives peut être écartée, par décret en Conseil d'Etat, pour des motifs d'ordre public, de défense et de sécurité nationale, de bonne administration, ou lorsque la présence personnelle du demandeur apparaît nécessaire ". Il résulte du décret n° 2015-1423 du 5 novembre 2015 relatif aux exceptions à l'application du droit des usagers de saisir l'administration par voie électronique, dans sa rédaction applicable à la date de la demande, que les demandes de titre de séjour sont exclues du champ d'application de l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration au motif de la nécessité de la comparution personnelle du demandeur.

9. Contrairement à ce que soutient la requérante, ces dispositions n'ont pas pour objet de permettre aux administrés de présenter une demande de titre de séjour par voie postale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par le préfet doit être écarté comme inopérant.

10. En quatrième lieu, si Mme B épouse C soutient que l'obligation de prise de rendez-vous en ligne mise en place par le préfet de la Seine-Saint-Denis est illégale et que ledit système de prise de rendez-vous en ligne est saturé, la requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait tenté sans succès d'obtenir un rendez-vous en préfecture, que ce soit via la plate-forme de prise de rendez-vous en ligne ou via un quelconque autre moyen, afin de procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour en préfecture.

11. En cinquième lieu, lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée de " violation de la loi, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ", au demeurant dépourvus de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés. Il doit être de même pour le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la demande de titre de séjour de l'intéressée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 11 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B épouse C doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B épouse C au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. Van Maele

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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