lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117232 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021 sous le numéro 2117232, M. A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable obligatoire présenté le 16 février 2021 à l'encontre de la décision du 23 décembre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (RSA) sur la période du 1er septembre 2018 au 21 juillet 2020, d'un montant de 12 211,62 euros ;
2°) de le décharger du paiement de cette somme ;
3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration car elle ne comporte pas les informations prévues ce second article ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans respect de la procédure préalable de saisine pour avis de la commission de recours amiable, en violation des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, et sans qu'il ait pu formuler des observations préalables et avoir reçu les conclusions du contrôleur, en méconnaissance des droits de la défense tels que protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'erreurs de droit et d'appréciation dans la mesure où le président du conseil départemental s'est abstenu d'examiner la réalité de sa situation alors qu'il a conservé sa résidence stable et effective en France, au sens des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, même s'il a résidé plus de trois mois à l'étranger ;
- il doit à tout le moins bénéficier du droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il est de bonne foi et que la caisse d'allocations familiales n'a pas respecté à son égard son devoir d'information résultant des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale ;
- subsidiairement, qu'il a droit à une remise gracieuse de sa dette, ou pour le moins un échelonnement du paiement de celle-ci, puisqu'il est de bonne foi et n'a commis aucune fausse déclaration volontaire.
Par un mémoire et des pièces enregistrés le 8 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis conclut à sa mise hors de cause et transmet le rapport d'enquête rédigé le 10 décembre 2020 dans le cadre du contrôle opéré par ses agents.
La caisse fait valoir que la créance en cause a été cédée au département de la Seine-Saint-Denis le 1er mai 2021.
II. Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021 sous le numéro 2117233, M. A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recettes émis à son encontre le 18 novembre 2021 par le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis pour le recouvrement d'un indu de RSA sur la période du 1er septembre 2018 au 21 juillet 2020, d'un montant de 12 211,62 euros ;
2°) de la décharger du paiement de cette somme ;
3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre de recettes attaqué ne comporte pas de signature manuelle et la signature électronique de son auteur n'est pas avérée, en violation des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- il ne comporte aucune motivation compréhensible et se rapporte à une dette inexistante dans la mesure où, d'une part, il se fonde sur une décision de récupération d'indu de RSA illégale car procédant d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le président du conseil départemental s'est abstenu d'examiner la réalité de sa situation alors qu'il a conservé sa résidence stable et effective en France, au sens des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, même s'il aurait résidé plus de trois mois à l'étranger, d'autre part, il est de bonne foi et a donné les renseignements qui lui avaient été demandés de fournir lors de son rendez-vous à la CAF de Bobigny le 13 juin 2018 à 10h45, d'autant que cet organisme est tenu à un devoir d'information en application des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale, enfin, il doit bénéficier du droit à l'erreur en application des articles L.123-1 et L . 123-2 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire et des pièces enregistrés le 8 janvier 2024, la CAF de la Seine-Saint-Denis conclut à sa mise hors de cause et transmet le rapport d'enquête rédigé le 10 décembre 2020 dans le cadre du contrôle opéré par ses agents.
La caisse fait valoir que la créance en cause a été cédée au département de la Seine-Saint-Denis le 1er mai 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baffray a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes de M. B susvisées présentent à juger des questions similaires ou liées, portant sur la récupération d'un même indu de RSA. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la régularité des décisions attaquées et le bien-fondé de l'indu :
2. Lorsque, le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire :
3. En premier lieu, la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. B le 16 février 2021 au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis doit, par nature, être regardée comme ayant été rendue par l'autorité compétente. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été rejetée par une personne ne justifiant pas d'une délégation de signature ou de compétence régulière du président du conseil départemental doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". En vertu de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ". Selon l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / L'avis de la commission et la décision du président du conseil départemental sont motivés ".
5. D'autre part, l'article 3.2 de la convention de gestion du revenu de solidarité active 2018 conclue le 5 septembre 2018 entre le département et la CAF de la Seine-Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et de famille, prévoit à cet égard que " Les dossiers de recours administratif préalable obligatoire ne sont pas présentés aux administrateurs de la commission de recours amiable pour avis (conformément à l'article R. 262-89 du CASF) ". L'annexe 2 à cette convention précise, au 3e paragraphe du I, que " () La commission de recours amiable de la CAF (CRA) n'est pas saisie des recours administratifs préalables ".
6. Dans la mesure où ces stipulations de la convention de gestion du RSA alors en vigueur passée entre le département de la Seine-Saint-Denis et la CAF, communiquée au requérant, excluaient que la commission de recours amiable de cet organisme soit saisie pour avis sur les recours administratifs préalables présentés en cette matière, le moyen tiré par M. B de ce qu'il aurait été privé de la garantie que constitue une telle saisine ne peut aussi qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19, L. 114-20 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale.
8. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de RSA, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation. Toutefois, la décision prise par le président du conseil départemental sur le recours administratif préalable obligatoire formé par l'allocataire se substituant entièrement à la décision prise par l'organisme chargé du service de la prestation, l'allocataire ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cette obligation, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental, s'il a été remédié, par la mise en œuvre de cette garantie en temps utile avant l'intervention de cette dernière décision, à l'irrégularité ainsi commise. Enfin, la méconnaissance de cette obligation par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
9. Il résulte des éléments du dossier que M. B a eu un entretien téléphonique avec le contrôleur de la CAF le 3 novembre 2020 et a, contrairement à ce qu'il soutient, pu présenter, le 15 décembre 2020, des observations sur les conclusions du contrôle sur les dates de son " absence de France " qui lui ont été transmises de manière détaillée, sans demander la transmission des documents bancaires contenant les renseignements sur lesquels ces conclusions se fondaient, renseignements dont la teneur est nécessairement connue de l'intéressé. Ce dernier a pu utilement discuter de ces éléments, faisant valoir, à cette occasion, avoir effectivement été hors de France durant soixante-dix-huit jours au cours du dernier trimestre 2018, demandant que la période de confinement liée à la pandémie de Covid de mars à juin 2020 soit déduite du calcul du nombre de jours passés à l'étranger en 2020 tout en admettant avoir été, en dehors de cette période, " absent " du 3 janvier au 1er mars 2020 et du 15 au 30 juillet 2020. Il a également indiqué, dans son recours administratif préalable : " Pour des raisons personnelles (concubine italienne et entretiens en Italie), j'ai séjourné en Italie pendant l'attribution de mes droits, tout en étant toujours résidant fiscal français et ayant gardé des intérêts personnels en France ". Ainsi, il n'apparaît nullement que M. B aurait été privé de la garantie de la possibilité de contester utilement les conclusions de la CAF sur le contrôle destiné à vérifier la sincérité de ses déclarations et ses droits au versement du revenu de solidarité active entre septembre 2018 et juillet 2020.
10. Par ailleurs, d'une part, la CAF n'est pas une juridiction au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, la décision querellée de récupération d'un indu de RSA n'est pas une sanction. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure de contrôle par la CAF méconnaissant les droits de la défense dont le respect est garanti par les stipulations de cet article est en tout état de cause inopérant.
11. En quatrième lieu, ni la décision attaquée prise sur le recours administratif préalable exercé par l'allocataire, ni au demeurant la décision initiale de récupération d'un indu de RSA après examen de la situation de l'intéressé par un agent de contrôle de la CAF n'étant prises sur le fondement d'un traitement algorithmique au sens de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré par M. B de ce que la décision de rejet du recours administratif préalable contestée, seule susceptible de recours, ne comporte pas les informations prévues par cet article et à l'article R. 311-3-1-2 du même code est aussi inopérant. En tout état de cause, les dispositions de ces articles subordonnent la communication de telles informations à la demande de la personne concernée, ce que M. B n'allègue pas même avoir sollicité.
12. En dernier lieu, si la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. B le 16 février 2021 s'est substituée à la décision initiale du 23 décembre 2020, qui est elle-même insusceptible de recours contentieux. M. B ne peut dès lors utilement soutenir que la décision initiale du 23 décembre 2020 serait insuffisamment motivée. Par ailleurs, M. B n'ayant pas sollicité, sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite de rejet prise sur son recours administratif préalable obligatoire, il ne peut davantage utilement soutenir devant le juge que cette décision méconnaîtrait l'obligation de motivation imposée par l'article L. 211-2 du même code et l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée de rejet implicite de son recours administratif préalable formé à l'encontre de la décision du 23 décembre 2020 de récupération d'un indu de RSA sur la période du 1er septembre 2018 au 21 juillet 2020 serait entachée d'irrégularité.
En ce qui concerne la régularité du titre de recettes :
14. Il résulte de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.
15. En l'espèce, à défaut de production par le département du bordereau d'émission du titre de recettes litigieux comportant la signature de son émettrice, Mme C, cheffe du service " SSD " de cette collectivité, M. B est fondé à soutenir que ce titre n'est pas signé et à en demander l'annulation pour ce motif.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
16. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Et en vertu de l'article R. 262-5 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
17. Si M. B fait valoir à l'appui de ses requêtes qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France malgré ses séjours à l'étranger, il ressort des termes de ses observations sur les conclusions du contrôle opéré par la CAF et de son recours administratif préalable qu'il a principalement résidé en Italie, où vivait sa concubine, sur l'ensemble de la période de récupération de l'indu. Comme il a déjà été dit, il ne conteste également pas qu'il a séjourné en Italie du 1er septembre au 22 décembre 2018, durant 336 jours sur 365 en 2019, sans mois civil complet en France, et de manière continue du 1er janvier au 20 juillet 2020, sauf entre le 8 et le 14 juillet 2020. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a conservé en France sa résidence stable et effective sur tout ou partie de la période de récupération d'indu de RSA et que la décision de récupération de l'ensemble des droits versés au titre de cette prestation sur la même période procèderait d'une erreur de droit et d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles.
18. En second lieu, ni la décision de récupération d'un indu de RSA, ni le titre de recettes émis pour son recouvrement n'ont le caractère d'une sanction au sens des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, M. B, qui n'a au demeurant jamais régularisé sa situation, ne peut utilement soutenir qu'il aurait été induit en erreur par l'administration sur les conditions d'octroi du revenu de solidarité active lorsqu'il a entrepris les démarches pour en obtenir le versement et qu'il doit bénéficier du droit à l'erreur.
19. Par suite, M. B n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu litigieux et à demander l'annulation des actes attaqués pour ce motif.
Sur la demande subsidiaire de remise gracieuse de la dette :
20. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
21. Même en admettant que sa demande de remise gracieuse soit recevable, M. B ne fournit aucun élément démontrant qu'il se trouverait dans une situation de précarité à la date de la présente décision. Il ne peut ainsi, en tout état de cause, prétendre à une remise gracieuse totale ou partielle de sa dette ou à un échelonnement de son paiement.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de rembourser l'indu :
22. D'une part, en cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
23. D'autre part, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
24. Le présent jugement qui écarte les moyens de M. B mettant en cause le bien-fondé de l'indu de RSA, comme sa demande de remise gracieuse, et n'annule le titre de recettes attaqué que pour un motif de régularité en la forme, non la décision de récupération de l'indu de RSA, n'implique pas l'extinction de l'obligation pour M. B de rembourser cet indu. Dès lors, si le département ne peut en poursuivre le recouvrement sur la base du titre de recettes annulé, les conclusions de M. B tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 12 211,62 euros correspondant au montant de l'indu de RSA ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
25. Même en considérant que le département de la Seine-Saint-Denis puisse être regardé comme la partie perdante en l'instance, il n'y a en tout état de cause pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à sa charge la somme que M. B demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Le titre de recettes émis à l'encontre de M. B le 18 novembre 2021 par le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis pour le recouvrement d'un indu de RSA sur la période du 1er septembre 2018 au 21 juillet 2020 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de la Seine-Saint-Denis et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,
D. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2117232, 2117233
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026