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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117301

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117301

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT TRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne l'arrêté pris en toutes ses dispositions : il est insuffisamment motivé et présente un défaut d'examen réel et sérieux ;

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour : elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 423-1, L. 423-3 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En réponse à la demande formulée par le présent tribunal, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense, a communiqué des pièces enregistrées le 23 juin 2022.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au A de l'audience publique :

- le rapport de M. Puechbroussou, rapporteur ;

- et les observations de Me Kleinfinger, substituant Me Traore, pour Mme C épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante camerounaise née le 30 septembre 1977 et entrée en France en 2012 selon ses déclarations, a, le 20 avril 2021, sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai. Mme C épouse A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au A de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".

3. Il ressort des termes de la décision en litige que le refus de renouvellement du titre de séjour de Mme C épouse A est fondé, en application des dispositions précitées de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas d'une vie commune avec son conjoint malgré les demandes de pièces complémentaires que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a adressées par courriel le 27 mai 2021 et le 21 juin 2021. Il ressort cependant des pièces produites par la requérante qu'elle a épousé un ressortissant français le 16 décembre 2017 à Saint-Rémy-la-Varenne (Maine-et-Loire) et a bénéficié, à ce titre, de plusieurs titres de séjour, dont deux versés au dossier respectivement valables du 19 octobre 2017 au 28 avril 2018 et du 21 juin 2019 au 20 juin 2021. La requérante doit également être regardée comme établissant sa présence sur le territoire national depuis au moins 2014 par la production, outre les titres de séjour déjà mentionnés, de diverses pièces telles que des attestations d'admission à l'aide médicale d'Etat couvrant sans interruption la période courant d'août 2013 à mars 2017, une attestation d'hébergement de son conjoint datée du 21 juin 2014, divers courriers de l'assurance maladie, des ordonnances médicales, des feuilles de soin, des résultats d'analyse médicales, des convocations au service d'hépato-gastro-entérologie du CHU d'Angers, un devis bucco-dentaire, des avis d'imposition établis à compter de 2020, de nombreux relevés de compte bancaire mouvementés ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée dans le secteur de l'aide à la personne signé le 1er octobre 2019. Contrairement aux termes de l'arrêté attaqué, et en l'absence de toute production du préfet en A d'instance autre que celle de l'acte attaqué, la communauté de vie avec son époux ne s'est pas interrompue depuis leur mariage en 2017, comme en attestent une série des pièces précédemment listées et établies à leurs deux noms, à leur domicile commun dans le Maine-et-Loire, puis à leur nouvelle adresse en Seine-Saint-Denis, notamment les avis d'imposition sur les revenus de 2019 et de 2020 faisant état de revenus non nuls des deux époux, les nombreux relevés bancaires mouvementés établis de mai 2018 jusqu'à la date de l'arrêté attaqué ainsi, qu'au surplus, des factures d'assurance et d'électricité établies le mois suivant cet acte préfectoral. Par suite, Mme C épouse A est fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 21 octobre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à Mme C épouse A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C épouse A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme C épouse A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme C épouse A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C épouse A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. Puechbroussou

Le président,

SSigné

E. Toutain

La greffière,

Signé

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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