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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117583

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117583

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2021, M. A D C, représenté par Me Hagège, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 15 euros par jour de retard et, dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte d'un même montant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle et personnelle en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen.

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, a sollicité le 26 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Il demande l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. Si les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, notamment, celles relatives à l'article L. 435-1 en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sont applicables aux ressortissants tunisiens, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, notamment, celles relatives à l'article L. 435-1 en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " salarié " ne le sont pas, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. Il appartient ainsi au préfet dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'examiner l'ensemble de la situation personnelle du ressortissant tunisien qui sollicite sa régularisation au titre du travail et notamment ses qualifications, son expérience professionnelle et son ancienneté de séjour et tout élément afin d'apprécier l'existence de motifs exceptionnels de nature à justifier une mesure de régularisation du séjour de l'intéressé au titre du travail.

5. Pour rejeter la demande de l'intéressé, la décision contestée indique que l'intéressé, d'une part, ne peut se prévaloir des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine et, d'autre part, qu'il ne peut se prévaloir des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il n'a pas été en mesure de produire ni le contrat de travail exigé par la règlementation ni le certificat médical obligatoire ; la décision ajoute que " la circonstance de présenter des documents destinés à justifier d'une ancienneté professionnelle sur le territoire, acquise grâce à la présentation d'une carte nationale d'identité frauduleuse pour l'embauche, ne saurait conduire à réserver une suite favorable à la demande de l'intéressé au titre du travail ". En dépit du fondement de la demande présenté par l'intéressé tendant à sa régularisation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, il ne ressort pas des termes dans lesquelles est rédigée cette décision qui fait référence explicitement au seul accord franco tunisien que le préfet aurait examiné la situation personnelle et familiale de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable et aurait fait usage, pour examiner sa situation au titre du travail, de son pouvoir discrétionnaire. A supposer que, s'agissant du travail, il ait entendu se prononcer sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, le préfet ne pouvait écarter son ancienneté professionnelle au seul motif qu'elle aurait été acquise grâce à la présentation d'un faux document administratif lors de son embauche alors que le requérant produisait des justificatifs de présence depuis 2018, un contrat à durée indéterminée du 12 février 2018, des bulletins de salaires depuis cette date. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 18 novembre 2021 rejetant la demande de titre de séjour de M. C. Par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif de l'annulation, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen du dossier de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation administrative, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienneSigné Signé M. BM. de BouttemontLa greffière,Signé A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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