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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117971

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117971

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantGRYNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées le 23 décembre 2021 et le 10 juin 2022, M. B A, représenté par Me Gryner, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'insuffisance de motivation ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 13 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 1982, a sollicité, le 18 novembre 2020, une carte de séjour temporaire. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 novembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. En l'espèce, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état d'éléments sur la situation administrative, personnelle et familiale de M. A. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

5. Le requérant fait valoir qu'il est entré sur le territoire français en juin 2004, qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en octobre 2005, qu'il est inséré dans la société française, qu'il dispose d'un travail stable, qu'il réside avec sa conjointe et leurs cinq enfants qui sont nés en France et dont les deux premiers sont scolarisés au collège en classes de quatrième et de sixième, et que les infractions pénales qu'il a commises n'ont pas abouti à des sanctions lourdes. Si le requérant justifie sa situation familiale et une résidence habituelle et continue sur le territoire français depuis, tout au moins, la naissance de son premier enfant à la fin de l'année 2008, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait particulièrement inséré dans la société française ou qu'il justifierait d'une intégration professionnelle stable en présentant uniquement un contrat à durée indéterminée, conclu le 20 mai 2020, pour une quotité horaire mensuel de soixante-seize heures. Il ressort au contraire des pièces du dossier que M. A a commis de nombreuses infractions pénales au cours d'une période récente, à savoir l'usage de fausse plaque ou fausse inscription apposée sur un véhicule à moteur le 8 janvier 2018, la conduite d'un véhicule malgré l'annulation judiciaire d'un permis de conduire le 30 novembre 2019, la circulation avec un véhicule sans assurance et la conduite sans permis le 28 avril 2020, ainsi qu'une aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France le 12 janvier 2020, cette dernière infraction ayant motivé le retrait de sa carte de résident que l'intéressé n'a pas contesté. Il est enfin relevé que sa concubine se maintient sur le territoire français en situation irrégulière et qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 29 octobre 2020, étant précisé également que M. A dispose de membres de sa famille dans son pays d'origine, notamment ses parents, cinq sœurs et un frère. Dans ces conditions, la décision préfectorale n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations conventionnelles et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

7. Le requérant fait valoir que ses enfants sont nés sur le territoire français, qu'ils n'ont plus d'attaches en Turquie et que l'aîné qui est âgé de treize ans ne parle pas la langue turque. Nonobstant ces circonstances qui ne sont pas toutes établies, comme il a été dit au point 5, M. A et ses enfants disposent de nombreuses attaches familiales en Turquie, de telle sorte qu'ils ne seraient pas isolés en cas de retour dans ce pays. De plus, le requérant ne fait pas état d'une insertion particulière dans la société française qui justifierait qu'il demeure en France et il n'allègue pas que sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Turquie, sachant que sa concubine se maintient en situation irrégulière sur le territoire français. Il ne ressort notamment pas des pièces du dossier que les enfants scolarisés en France ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Turquie. Dès lors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées doit être écarté.

8. En dernier lieu, le requérant ne peut pas utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle des étrangers en situation irrégulière à l'encontre du refus opposé à sa demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article, mais qui est intervenue dans le cadre d'un réexamen de sa situation administrative au regard de son droit au séjour en France à la suite du retrait d'une carte de résident.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'une carte de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 novembre 2021. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéM. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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