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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200032

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200032

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2110193 du 3 janvier 2022, la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis la requête présentée par M. A, se disant Piyer Haque au tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 décembre 2021 et le 31 août 2022, M. A, se disant Piyer Haque, représenté par Me Chartier, demande au président du tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a désigné le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce dernier à la part contributive de l'Etat ou, à défaut d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, au versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français : cette décision n'est pas suffisamment motivée ; sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux ; elle est entachée d'erreur de droit et méconnait les articles L. 541-1, L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a pas bénéficié du droit d'être entendu ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement : cette décision n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Chartier, représentant M. A C, qui soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ainsi que d'une méconnaissance du droit d'être entendu, que l'intéressé réside en France depuis l'année 2016 et est employé par la même entreprise depuis l'année 2019, ce que l'administration aurait dû prendre en compte.

Le préfet du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet du Rhône a obligé M. A, C ressortissant bangladais né le 6 mai 1979 à Sunamganj, à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a désigné le pays de renvoi. Le requérant demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " () L'admission provisoire est accordée () d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 80 du même décret : " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, () est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle () si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu l'arrêté attaqué, qui notamment vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce avec une précision suffisante les circonstances de fait qui ont conduit le préfet du Rhône à prononcer la décision en litige. Cette décision répond ainsi aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant invoque la méconnaissance du droit d'être entendu en faisant valoir qu'il n'a pas été informé par le préfet de l'éventualité d'une mesure d'éloignement, sans établir qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que cette décision ne soit prise et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le 7 décembre 2021, avant l'édiction de l'arrêté attaqué, lors de son audition par les services de police le requérant a été invité à présenter des observations sur l'éventualité d'une décision d'éloignement prise à son encontre et qu'il a par ailleurs fait l'objet d'un entretien d'évaluation de l'état de vulnérabilité et de handicap. En outre, la méconnaissance par l'autorité administrative des dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à L. 431-2 du même code, qui l'obligent de mettre à même l'étranger de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile a seulement pour effet d'empêcher un refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour présentée sur un autre fondement que l'asile au-delà du délai prévu à l'article D. 431-7 du même code, mais ne fait pas obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-54 de ce code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ". Aux termes de l'article R. 532-57 de ce code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

8. L'arrêté attaqué relève que la demande de réexamen au titre de l'asile présentée par le requérant a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 6 septembre 2018 et, pour irrecevabilité, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 janvier 2019, notifiée le 24 janvier 2019. Le requérant soutient qu'il dispose du droit de se maintenir en France en l'absence de preuve apportée par le préfet de l'existence et de la notification régulière de la décision de la CNDA. Toutefois, le préfet du Rhône verse aux débats l'extrait de la base de données " telemofpra ", relative à l'état des procédures des demandes d'asile. Ce relevé d'informations fait apparaitre que la demande de réexamen de l'intéressé au titre de l'asile a été rejetée pour irrecevabilité par la CNDA le 15 janvier 2019 et qu'elle a été notifiée le 24 janvier 2019. Alors que le contenu de document fait foi jusqu'à preuve du contraire, conformément à l'article R. 532-57, le requérant n'apporte pas d'élément au soutien de ses allégations, ni ne justifie qu'il n'aurait pas été en mesure de réceptionner effectivement le pli de notification de la décision de la CNDA, de sorte qu'il doit être regardé comme ayant été régulièrement informé qu'il ne pouvait se maintenir sur le territoire français au-delà du 24 janvier 2019. Il suit de là que le moyen tiré du droit du requérant de se maintenir sur le territoire français et de la méconnaissance des articles L. 541-1, L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant soutient qu'il est entré au cours du mois d'octobre 2016 en France, où il a établi le centre de ses attaches, personnelles et sociale et où il est inséré professionnellement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de son audition par les services de police qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il possède des attaches familiales au Bangladesh. En outre, si à la date de l'arrêté attaqué il justifie avoir travaillé depuis près de deux ans en tant qu'aide de cuisine, il n'en résulte pas qu'il pourrait se prévaloir d'une insertion professionnelle significative. Par suite, eu égard aux conditions du séjour de l'intéressé en France, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cette décision. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, l'arrêté du 7 décembre 2021, qui vise notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement de cette décision, en précisant que le requérant, qui se dit de nationalité bangladaise, pourra être éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Cette décision répond ainsi, eu égard à l'absence d'élément apporté par le requérant au soutien de ses allégations relatives à ses craintes de retourner dans son pays d'origine, aux exigences de motivation prévues notamment par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, le requérant soutient qu'il a fui le Bangladesh où il était persécuté et où sa vie est menacée, de sorte que la décision attaquée méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui énonce que " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ". Toutefois, il n'apporte pas d'élément susceptible d'établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine il se trouverait personnellement exposé aux risques qu'il invoque, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des textes précités ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, se disant Piyer Haque doit être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : M. A, se disant Piyer Haque est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A, se disant Piyer Haque est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant Piyer Haque et préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le magistrat désigné par le président

du tribunal,

Signé

D. BLa greffière,

Signé

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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