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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200095

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200095

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantCHAMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, Mme B C, représenté par Me Chamas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 4 500 euros, assortie des intérêts au taux légal capitalisés et calculés à compter du jour de la notification de la réclamation indemnitaire préalable, en réparation des préjudices résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de présenter son dossier aux commissions d'attribution des logements compétentes en application de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation, dans un délai de six mois à compter de la décision à intervenir, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, sous astreinte journalière de 50 euros jusqu'à la date à laquelle le jugement aura reçu exécution, à défaut pour le préfet de justifier de l'exécution des mesures prescrites dans le délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la carence de l'autorité préfectorale dans l'exécution de l'obligation de relogement constitue un manquement qui engage la responsabilité de l'Etat ;

- il convient de lui allouer les sommes de 3 000 euros au titre des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence et de 1 500 euros au titre de son préjudice moral ;

- ces préjudices découlent directement de la faute commise par l'Etat ;

- compte tenu de la persistance de ses préjudices, elle est fondée à solliciter du tribunal qu'il enjoigne au préfet de présenter son dossier aux commissions d'attribution des logements compétentes en application de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation, sous astreinte journalière d'un montant de 50 euros jusqu'à la date à laquelle le jugement aura reçu exécution, à défaut pour le préfet de justifier de l'exécution des mesures prescrites dans le délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le bénéficiaire d'une décision favorable de la commission de médiation n'est pas recevable à présenter dans la même demande des conclusions indemnitaires et des conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné à l'Etat d'assurer son logement ou son relogement conformément à la décision de la commission de médiation, de telles conclusions à fin d'injonction ne pouvant être portées que devant le tribunal administratif statuant dans les conditions prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

Par des observations, enregistrées le 7 septembre 2023 et communiquées le lendemain, Mme C soutient que la demande d'injonction est recevable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 2 septembre 2020, reconnu Mme C comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, elle a saisi le préfet de la

Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 19 octobre 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C demande, par la présente requête, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 4 500 euros.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2022. Il n'y a donc pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'injonction et d'astreinte :

3. Il résulte de l'instruction que Mme C a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation du 2 septembre 2020. Il n'appartient pas au juge, saisi de conclusions indemnitaires fondées sur la carence fautive de l'Etat à lui proposer un relogement conformément à la décision de la commission de médiation, de prononcer une nouvelle injonction, en dépit de la persistance de la carence de l'Etat à la date à laquelle il statue. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées dans le cadre de la présente requête indemnitaire, qui relèvent de la voie de recours prévue par de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". L'article R. 300-2 du même code dispose : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour () ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

6. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu, le 2 septembre 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C au motif qu'elle ne disposait pas de logement. La persistance de cette situation, à compter du 2 mars 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à la requérante des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Si Mme C soutient qu'elle est hébergée chez un particulier avec son mari et leurs deux enfants, nés en 2005 et en 2009, il résulte de l'instruction, notamment de la décision du 2 septembre 2020 de la commission de médiation qui ne vaut que pour trois personnes et de l'attestation d'élection de domicile, que la résidence commune n'est pas établie entre la requérante et son époux qui, en outre, ne justifie pas remplir la condition de régularité et de permanence du séjour en France mentionnée au premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment au nombre de personnes composant le foyer, à savoir la requérante et ses deux enfants mineurs, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 1 890 euros.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme C la somme de 1 890 (mille huit cent quatre-vingt-dix) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chamas, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chamas la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 1 890 (mille huit cent quatre-vingt-dix) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros à Me Chamas en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Chamas et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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