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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200257

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200257

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, Mme B A, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis née le 3 juin 2022 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence ou de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

­ les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

­ elles sont entachées d'erreur de droit et de violation de la loi dans la mesure où elle aurait dû pouvoir déposer sa demande de certificat de résidence par voie postale, notamment pour une demande d'un certificat sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou sur la base du pouvoir de régularisation sans texte du préfet ;

­ elles sont entachées d'une irrégularité de procédure en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;

­ elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 16 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1948, a demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis, par lettre du 31 janvier 2021 reçue le 3 février 2021, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou une admission exceptionnelle au séjour. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née le 3 juin 2021. Mme A a formé un recours gracieux par lettre du 30 août 2021, reçue le lendemain, puis, en l'absence de réponse, elle a demandé au préfet, par lettre du 1er novembre 2021 reçue le 15 novembre suivant, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Le préfet a répondu à sa demande par un courrier du 18 novembre 2021. La requérante demande l'annulation des décisions implicites par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (R* 432-1 à compter du 1er mai 2021) : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce même code (R. 432-2 à compter du 1er mai 2021) : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

4. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé implicitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a demandé, par un courrier du 1er novembre 2021 reçue le 15 novembre suivant, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par lettre du 18 novembre 2021, le préfet a répondu à sa demande en lui indiquant qu'une demande de titre de séjour adressée par courrier ne répond pas aux dispositions relatives aux documents de séjour fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette réponse ne permet cependant pas à son destinataire d'apprécier la motivation en droit sur laquelle les décisions de refus implicite de délivrance d'un titre de séjour se fondent, notamment l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

7. L'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la date de sa notification.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État les frais exposés par Mme A dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est annulé.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. Doyelle

Le président,

Signé

C. TukovLa greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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