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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200314

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200314

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantATTAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 janvier 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. E C, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête, enregistrée le 13 décembre 2021 devant le tribunal administratif de Versailles, complétée par deux mémoires enregistrés les 25 novembre et 12 décembre 2022, M. E C, représenté par Me Attal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet des Yvelines lui a retiré ses certificats de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, ou à défaut, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que ses moyens sont infondés.

Une ordonnance du 2 décembre 2022 a fixé en dernier lieu la clôture de l'instruction au 3 janvier 2023 à 12 heures en application des dispositions des articles R 613-1 et R 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, signé à Alger le 27 décembre 1968,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Tukov a été entendu au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, s'est vu délivrer des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en 2017 et 2018 et dernièrement un certificat de résidence de dix ans valable du 6 novembre 2019 jusqu'au 5 novembre 2029. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2021 procédant au retrait de ses titres de séjour.

2. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que le préfet des Yvelines a examiné la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. C et qu'il a estimé que la délivrance des titres de séjour était constitutive d'une fraude, eu égard à un faisceau d'indices sérieux et concordants. D'autre part, si M. C fait valoir ne pas avoir été destinataire du courrier du 11 mai 2021 l'invitant à présenter des observations, il ressort des pièces du dossier que le pli a été présenté à l'adresse qu'il avait communiquée au préfet et qu'il a été retourné à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse " à la date du 17 mai 2021, sans que l'intéressé n'allègue avoir informé la préfecture d'un changement d'adresse. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-11 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 432-12 du même code : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il résulte de l'instruction que le préfet a estimé que la délivrance de titres de séjour en 2017, 2018 et en 2019 s'agissant d'un certificat de résidence de dix ans, résultait d'une fraude et qu'il y avait lieu, par suite, de procéder au retrait des titres de séjour de M. C. Il a constaté, d'une part, que la situation de M. C ne justifiait pas la délivrance de certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ni celle d'un certificat de résidence de dix ans, l'intéressé, entré en France en décembre 2016, étant marié depuis le 13 mars 2021, père d'un enfant né le 21 février 2021 et justifiant d'une faible insertion professionnelle, d'autre part, qu'il s'est indument vu délivrer des titres de séjour par une agente administrative de la préfecture condamnée par le tribunal judicaire de Versailles le 11 octobre 2021 pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France. Dès lors que la délivrance des titres de séjour à M. C résulte d'une fraude, le requérant, qui ne conteste pas en avoir eu connaissance, n'est pas fondé à soutenir que la sanction prononcée par l'arrêté du 15 octobre 2021 revêt un caractère disproportionné au regard de sa vie privée et familiale.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. C, qui se prévaut de la naissance de son enfant le 21 février 2021 et de l'entretien et l'éducation duquel il participe, sans toutefois en justifier, n'est pas fondé par ces seuls éléments à soutenir que le retrait de ses titres de séjour méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le président-rapporteur,

C. Tukov

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. Tucito

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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