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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200646

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200646

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMASILU-LOKUBIKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2022, et un mémoire, enregistré le 9 août 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Masilu-Lokubike demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté 28 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle atteste continuer à contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant qui vit toujours sous son toit avec son époux ;

- elle réside à la même adresse depuis 2013 et n'a aucun changement de domicile à déclarer, de sorte que le préfet n'est pas fondé à lui opposer que la demande de pièces complémentaires ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à la gravité des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;

- cette décision revêt un caractère d'automaticité ;

- elle est illégale en ce qu'elle se fonde sur un refus de titre de séjour lui-même entaché d'illégalité ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à la gravité des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Une mise en demeure a été adressée le 30 septembre 2022 au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Par ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacaze, rapporteur,

- les observations de Me Lanssard, représentant Mme B A épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A épouse C, ressortissante marocaine née le 8 avril 1958, est entrée en France le 5 juin 1999 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C délivré pour un séjour d'une durée maximale de 90 jours, dont la validité expirait le 1er septembre 1999. Elle a par la suite bénéficié de plusieurs titres de séjour spéciaux délivrés par le ministère des affaires étrangères en qualité d'épouse de M. C, agent administratif au consulat général du royaume du Maroc à Villemomble, le dernier en date ayant expiré le 17 janvier 2020, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français valable du 3 février 2020 au 2 février 2021. Par une demande déposée le 4 décembre 2020, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A épouse C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 du code de justice administrative est acquis lorsque le délai imparti à l'administration a expiré et que la date de clôture d'instruction est échue sans que le défendeur ait présenté d'observations.

3. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a produit aucun mémoire avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). "

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse C réside en France depuis 1999, et se trouvait en situation régulière au regard du droit au séjour, étant titulaire, comme il a été dit au point 1, d'un titre de séjour spécial délivré par le ministère des affaires étrangères, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français dont elle a sollicité en dernier lieu le renouvellement. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France avec son époux, agent administratif au consulat du Maroc à Villemomble et titulaire d'un titre de séjour spécial délivré par le ministère des affaires étrangères, et de leurs cinq enfants nés respectivement au Maroc en 1981, 1982, 1985, 1988 et 1989, tous titulaires d'une carte de résident ou d'une carte de séjour pluriannuelle à la date de l'arrêté attaqué et que le couple a donné naissance à un sixième enfant sur le sol français, le 4 janvier 2002, qui est titulaire de la nationalité française. Par ailleurs, et alors que le préfet est réputé avoir acquiescé aux faits allégués par la requérante ainsi que cela a été exposé au point 2, Mme A soutient qu'elle serait isolée en cas de retour au Maroc dès lors qu'aucun membre de sa famille n'y réside. Dans ces conditions, eu égard à la régularité et à la durée du séjour de Mme A en France, pendant près de vingt-trois ans à la date de la décision en litige, et de la présence auprès d'elle de son époux et de l'ensemble de ses enfants, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de ses droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A épouse C et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 28 octobre 2021 concernant Mme A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A épouse C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A épouse C une somme de 1 000 euros (mille euros) sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience publique du 19 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Lacaze, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le rapporteur,

L. LacazeLe président,

A. Myara

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2200646

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