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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200981

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200981

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème chambre
Avocat requérantBELGHAZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2022, M. F C, représenté par Me Belghazi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 23 décembre 2021, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français A un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa demande A un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et de lui délivrer, A cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du collège de l'OFII est erroné ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le traitement dont il a besoin n'est pas disponible A son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 7 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 2 novembre 1974, est entré en France en 2007 sous couvert d'un visa Schengen selon ses allégations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étranger malade " en 2010 qui lui a été refusé. Le 18 mai 2015, à la suite d'une nouvelle demande, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un titre de séjour. Le 19 avril 2017, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui a été refusé par un arrêté du 14 mai 2018. Cet arrêté a été annulé par le tribunal administratif de Montreuil par un jugement du 8 octobre 2018. Par une demande du 17 mai 2021, il a sollicité un renouvellement de son titre séjour " étranger malade ". Par un arrêté du 23 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français A un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Par un arrêté du 16 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs du 17 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, Mme D a pu régulièrement signer l'arrêté litigieux.

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, cette décision est suffisamment motivée, et cette motivation révèle un examen personnalisé de la situation de M. C.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé A le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, A des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./Sous réserve de l'accord de l'étranger et A le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission A le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime A son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis émis le 16 août 2021, le collège de médecins de l'OFII, consulté par le préfet de Seine-Saint-Denis en application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé A le pays dont il est originaire, bénéficier d'un traitement approprié.

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé A le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. A ce cas, il appartient à l'autre partie, A le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé A le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour A les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En se bornant à produire des documents médicaux dont aucun n'est de nature à établir que M. C souffrirait d'une pathologie pour laquelle il ne peut bénéficier des traitements A son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risques, M. C ne conteste pas utilement l'appréciation portée par les membres de ce collège son état de santé. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui s'est approprié les conclusions de l'avis émis le 16 août 2021 par le collège de médecins de l'OFII pour prendre les décisions attaquées, a entaché la procédure d'une irrégularité et a commis d'erreur d'appréciation.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique A l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, A une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. C est entré irrégulièrement en France le 4 juin 2010, ainsi que l'établit le préfet. Toutefois, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales A son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où résident son épouse et ses deux enfants A ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions et les stipulations précitées en lui refusant les titres de séjour qu'il sollicitait. Il n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Le requérant a uniquement sollicité la délivrance de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'a pas à examiner d'office sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dernières dispositions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Touboul, conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A.-L. B Le président,

Signé

B. Auvray

Le greffier,

Signé

S. Werkling

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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