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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201896

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201896

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2022, M. B F, représenté par Me Maha Mohamed, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- qu'il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet lui a opposé le caractère non viable de son activité, condition qui ne figure pas à l'article 5 de l'accord franco-algérien ;

- qu'il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. F a produit, le 18 février 2022, des pièces complémentaires, lesquelles ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février suivant à 12 h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président ;

- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant algérien né le 26 juin 1992, est entré en France le

15 août 2017, muni d'un visa d'installation valable jusqu'au 13 novembre 2017. Il s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour " étudiant " entre 2017 et 2019 puis a obtenu un certificat de résidence algérien en tant que commerçant, valable du 26 septembre 2019 au 25 septembre 2020, dont il a demandé le renouvellement le 29 juin 2020, sur le fondement de l'article 5 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, par un arrêté du 22 septembre 2021, dont

M. F demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté préfectoral attaqué a été signé par M. E D,

sous-préfet du Raincy, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Seine-Saint-Denis par un arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, à l'effet de signer notamment les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". ". Aux termes du c) de l'article 7 du même accord : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".

4. Saisi d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant de la part d'un ressortissant algérien justifiant de son inscription au registre du commerce et des sociétés, le préfet, s'il est fondé à vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale du pétitionnaire, ne peut légalement refuser le renouvellement demandé aux motifs que les revenus que l'intéressé tiraient de son activité étaient insuffisants et que, en raison du retard pris par l'intéressé dans le paiement de ses cotisations, il risquait d'être privé de protection sociale. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par le préfet sur l'effectivité de l'activité commerciale du ressortissant algérien qui demande le renouvellement de son certificat de résidence en qualité de commerçant.

5. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le certificat de résidence mention " commerçant " dont était titulaire M. F au motif que " l'intéressé qui déclare exercer une activité non salariée, en qualité de commerçant, ne peut plus se prévaloir des dispositions de l'article 5 de l'accord franco-algérien ; qu'en effet, il ne justifie pas de rémunération stable au vu de ses déclarations d'impôt sur les sociétés 2019 et 2020 ; qu'au surplus, les éléments qu'il présente au dossier, ne permettent pas de justifier de la continuité de son activité ".

6. Si l'autorité administrative, saisie par un requérant algérien d'une demande tendant au renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant, ne peut, sans commettre d'erreur de droit, opposer à l'intéressé la circonstance que son activité ne serait pas économiquement viable dès lors que l'accord franco-algérien ne conditionne pas la délivrance du certificat de résidence sollicité au respect d'une telle condition, l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, peut, dans tous les cas, vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale de l'intéressé, ainsi qu'il a été dit au point 4. En l'espèce, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans commettre d'erreur de droit, relever, parmi d'autres indices, que l'activité non salariée déclarée par M. F ne générait aucune ressource stable pour en déduire qu'elle ne revêtait pas un caractère effectif, ce dont il lui incombait de s'assurer.

7. En troisième et dernier lieu, si M. F fait valoir, sans toutefois l'établir, qu'il entretient, depuis 2018, une relation de concubinage avec Mme C A, titulaire d'un certificat de résidence algérien, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tenant à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le président-rapporteur,

M. G

L'assesseure la plus ancienne,

N. Dupuy-Bardot La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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