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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202299

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202299

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. B C, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé au système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans l'ensemble de ses dispositions :

- il est insuffisamment motivé ;

en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- son signataire est incompétent ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'inexécution d'une précédente décision d'éloignement n'a pas pour effet d'interrompre la durée de présence de l'étranger en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît le pouvoir général d'appréciation du préfet ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté du 11 janvier 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Iharkane, substituant Me Guillou, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 11 février 1986, a sollicité le 2 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé au système d'information Schengen. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté dans l'ensemble de ses dispositions :

2. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, mettant ainsi le requérant en mesure de comprendre les raisons pour lesquelles cet arrêté a été pris à son égard et de le contester utilement. Par conséquent, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, est suffisamment motivé.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1836 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, attachée d'administration de l'État en charge des refus de séjour et des interventions, pour l'ensemble des attributions relevant de ce bureau, au nombre desquelles figure la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque la décision en cause a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

6. M. C ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, qu'il aurait séjourné en France entre juillet 2015 et décembre 2015 et entre juin 2016 et octobre 2016. Ainsi, M. C ne démontre pas, à la date de l'arrêté en litige, une présence habituelle depuis plus de dix ans en France, de sorte que l'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour n'impliquait pas de consulter la commission du titre de séjour. Par conséquent, bien que le préfet n'ait pu légalement retrancher l'ancienneté de séjour en France de l'intéressé qui a précédé la date limite d'exécution d'une mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 18 septembre 2019 et que celui-ci allègue ne pas avoir été informé d'une telle mesure, les moyens tirés du vice de procédure résultant du défaut de consultation de cette commission et de l'erreur de droit doivent être écartés.

7. En quatrième lieu et d'une part, comme exposé précédemment, M. C justifie sa résidence habituelle en France depuis seulement le mois de novembre 2016. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, il ne démontre pas que, compte tenu de sa situation personnelle et familiale, son admission exceptionnelle au séjour serait justifiée au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, M. C, en produisant une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée et à temps plein en qualité de chef de chantier et en affirmant avoir travaillé quelques mois entre juin 2019 et octobre 2021, ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne de nature à justifier son admission au séjour au regard de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et son pouvoir général d'appréciation.

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En sixième lieu, le requérant soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est mépris sur sa situation en relevant qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Egypte où vivent ses parents, en faisant valoir que ses parents étaient décédés à la date de la décision contestée, ce que ne conteste pas le préfet, qui n'a pas produit d'observations. Toutefois, à supposer même que le décès de ses parents soit établi et pour les motifs mentionnés au point 7, le préfet aurait pris légalement la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de fait, laquelle est dès lors sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui aurait pour effet de priver de base légale la décision d'éloignement doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les moyens tirés de ce que la décision en litige serait illégale au motif qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit doivent être écartés.

14. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs.

15. En dernier lieu, il résulte de ce qui a dit au point 9 que le préfet a fait un bon usage de son pouvoir d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point au 4 que le préfet a sérieusement examiné la situation de M. C.

17. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui aurait pour effet de priver de base légale la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui aurait pour effet de priver de base légale la décision interdisant à M. C le retour sur le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les moyens tirés de ce que la décision en litige serait illégale au motif qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

20. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le préfet a fait un bon usage de son pouvoir d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente

J. JimenezLa greffière,

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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