mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2202340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | DELORME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 20 juillet 2022, Mme C B épouse D, représentée par Me Delorme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence ;
2°) de constater l'abrogation de la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français et qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Delorme, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le préfet de la Seine-Maritime est territorialement incompétent dès lors qu'elle réside en Seine-Saint-Denis et que l'obligation de quitter le territoire français dont il était demandé l'abrogation a été édictée par le préfet de la Seine-Saint-Denis ;
La décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la délivrance d'un certificat de résidence par le préfet de la Seine-Saint-Denis confirme qu'elle a fixé sa vie privée et familiale en France et qu'elle était éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un certificat de résidence ; la remise de ce document abroge la décision portant obligation de quitter le territoire français ; par conséquent il n'y a plus lieu de statuer sur cette décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 août 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, au cours de laquelle le rapport de M. Auvray a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse D, ressortissante algérienne née le 12 mars 1970, est entrée en France le 15 août 2014, munie d'un visa de court séjour. L'intéressée a fait l'objet le 18 juin 2019 d'un arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, adopté par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Cet arrêté a été annulé le 30 mars 2021 par la Cour administrative d'appel de Versailles qui a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". L'intéressée s'est vu remettre un tel certificat le 6 mai 2022. Parallèlement, Mme B a présenté le 30 septembre 2020 auprès du préfet de la Seine-Maritime une demande de délivrance d'un certificat de résidence. Par un arrêté du 19 mars 2021, le préfet de la Seine-Maritime lui en a refusé la délivrance et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination d'un pays dans lequel elle est légalement admissible. Mme B, épouse D demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence et de constater le non-lieu à statuer sur l'obligation de quitter le territoire français en raison de la délivrance, le 6 mai 2022, d'un certificat de résidence par le préfet de la Seine-Saint-Denis.
Sur le non-lieu à statuer :
2. D'une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. D'autre part, l'autorité administrative compétente pour modifier, abroger ou retirer un acte administratif est, en principe, celle qui, à la date de la modification, de l'abrogation ou du retrait, est compétente pour prendre cet acte et, le cas échéant, s'il s'agit d'un acte individuel, son supérieur hiérarchique.
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a délivré le 6 mai 2022 un certificat de résidence à Mme B épouse D. Cette délivrance doit être regardée comme ayant eu pour effet d'abroger les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination, qui n'ont pas été exécutées. L'intéressée séjournant à Epinay-sur-Seine, le préfet de la Seine-Saint-Denis était l'autorité compétente pour procéder à cette abrogation, laquelle est définitive. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France il y a sept ans afin de rejoindre M. D, son époux depuis 1990, lequel est titulaire depuis 2013 d'un titre de séjour en raison de son état de santé, puis, depuis 2020, d'une carte de résident. L'intéressée est entrée en France accompagnée de ses trois enfants mineurs, dont les deux aînés, désormais majeurs, sont titulaires de certificats de résidence et poursuivaient des études supérieures au Havre à la date de la décision attaquée, tandis que le plus jeune était âgé de seize ans et scolarisé. Après avoir fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français édicté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, ultérieurement annulé par la Cour administrative d'appel de Versailles, l'intéressée a présenté une demande de délivrance d'un certificat de résidence auprès du préfet de la Seine-Maritime, en indiquant résider au Havre avec son époux et ses trois enfants. L'intéressée, qui soutient avoir été conseillée en ce sens par une association mais ne pas avoir cessé de séjourner à Epinay-sur-Seine, avec son époux et leur fils mineur, produit des pièces variées permettant de démontrer la poursuite de la communauté de vie avec M. D. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que la requérante s'est vu délivrer le 6 mai 2022 un certificat de résidence par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, Mme B épouse D est fondée à soutenir que la décision contestée, qui a pour effet de la séparer de son époux et de séparer son enfant mineur de l'un de ses deux parents, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 19 mars 2021, par laquelle le préfet de la Seine- Maritime a refusé de délivrer un certificat de résidence à Mme B, épouse D doit être annulée.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à Me Delorme, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet de la Seine-Maritime du 19 mars 2021 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Article 2 : La décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un certificat de résidence à Mme B épouse D est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Delorme une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse D, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Delorme.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Auvray, président,
M. Thobaty, premier conseiller,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le président- rapporteur,
signé
B. Auvray L'assesseur le plus ancien,
signé
G. Thobaty
Le greffier,
signé
S. Werkling
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026