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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203534

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203534

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 17 mars 2022, M. E C, représenté par Me Hagege, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision désignant l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté attaqué ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulière ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur de fait en raison de l'absence d'examen sérieux ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire : il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulière ; cette décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement : il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulière ; cette décision n'est pas motivée ; elle est entachée d'erreur de droit ; l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français : il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulière ; cette décision n'est pas motivée ; elle est entachée d'erreur de droit : elle est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en ce qui concerne la décision désignant l'autorité chargée d'exécuter l'arrêté attaqué : il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulière ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. C, ressortissant marocain né le 20 juin 1996 à Berkane, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le requérant demande l'annulation de ces décisions ainsi que d'une décision désignant l'autorité compétente pour exécuter cet arrêté.

Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2021-2400 du 20 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325 de la préfecture du 21 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur les autres moyens d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose avec une précision suffisante les circonstances de fait qui ont conduit le préfet de la Haute-Garonne à prononcer la décision en litige, sans qu'il ait été nécessaire d'y faire mention des éléments invoqués dans la requête. La décision en litige répond ainsi aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant et ainsi entaché sa décision d'erreur de fait.

5. En troisième lieu, la décision en litige, qui est prise en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas pour fondement l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par suite, le moyen tiré ce que cette décision serait entachée d'erreur de droit à défaut de mention de l'accord dans l'arrêté du 28 février 2022 ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant soutient qu'il réside depuis le mois de juillet 2019 en France, où il travaille et où résident son épouse ainsi que d'autres membres de sa famille. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait marié alors qu'au demeurant lors de son audition par les services de police le 28 février 2022 il a déclaré être célibataire et sans enfant. En outre, à supposer que les documents d'identité et de séjour qu'il produit appartiennent à des membres de sa famille, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc, où résident ses parents, selon ses mêmes déclarations. Enfin, si le requérant établit avoir été employé depuis l'année 2019 en tant qu'ouvrier agricole, peintre en bâtiment et manœuvre, il n'en résulte pas qu'il justifierait d'une insertion professionnelle d'une intensité particulière. Par suite, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cette décision. Il suit de là que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

8. Pour les mêmes motifs, alors qu'au demeurant le requérant ne peut utilement se prévaloir du droit d'obtenir la régularisation de sa situation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour dès lors qu'il n'établit pas avoir sollicité une telle mesure auprès du préfet, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. L'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se réfère expressément aux énonciations des 3° et 8° de l'article L. 612-3. Ainsi cet arrêté comporte la mention des considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la décision en litige. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainerait l'annulation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant, le préfet s'est fondé sur la circonstance que celui-ci s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes notamment parce qu'il ne pouvait présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Le requérant ne peut dès lors utilement faire valoir que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ni qu'il n'aurait pas déclaré ne pas vouloir repartir dans son pays d'origine. En outre, s'il verse aux débats la copie d'un passeport en cours de validité à la date de l'arrêté attaqué, en tout état de cause la décision en litige pouvait être légalement fondée sur les seuls autres motifs qu'il ne conteste pas sérieusement, les attestations d'hébergement produites étant insuffisamment probantes à cet égard.

13. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés respectivement aux points 7 et 8.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, en dépit de ce que soutient le requérant, la décision fixant le pays de renvoi constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement, bien qu'édictée par le même arrêté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

15. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement de cette décision, en précisant que le requérant est un ressortissant marocain et qu'il pourra être éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Cette décision répond ainsi aux exigences de motivation prévues notamment par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant.

17. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainerait l'annulation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

18. En cinquième lieu, les moyens tirés de l'atteinte portée à la vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés respectivement aux points 7 et 8.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

20. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. L'autorité administrative doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme présentant une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

21. L'arrêté qui prononce la décision en litige vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application et expose avec une précision suffisante les éléments relatifs aux conditions du séjour de l'intéressé en France, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle et familiale. Ainsi, la décision en litige est suffisamment motivée tant dans son principe que dans sa durée.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainerait l'annulation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

23. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé au requérant. Ce dernier figure donc, pour ce seul motif, au nombre des ressortissants étrangers pouvant faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer une telle mesure. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard aux conditions du séjour du requérant en France telles que décrites au point 7, en fixant à un an la durée de l'interdiction, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la désignation de l'autorité chargée d'exécuter l'arrêté :

24. La mention, à l'article 4 de l'arrêté en litige, des responsables administratifs chargés de l'exécution de cet arrêté constituant le simple rappel d'une mesure d'organisation du service, les moyens soulevés, ne peuvent qu'être écartés.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le magistrat désigné par

le président du tribunal,

D. DLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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