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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205071

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205071

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, Mme A G, représentée par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet, en cas d'annulation pour un motif de fond, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet, en cas d'annulation pour un motif de forme, de procéder au réexamen de son dossier dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'elle ne justifiait pas de motifs exceptionnels et de circonstances humanitaires pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2022 par une ordonnance du

17 octobre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny en date du 21 février 2022 admettant Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience le rapport de Mme de Bouttemont, conseiller rapporteur, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante , demande l'annulation de l'arrêté en date du 19 août 2021 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite.

Sur les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-DRCTAJ/2-19 du 15 janvier 2021, le préfet de la Vendée a donné délégation de signature à M. B E, sous-préfet des Sables d'Olonne, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions notamment ceux () pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers () " à l'exception de certains actes réservés au préfet dans lesquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en cause doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation familiale et personnelle de Mme G, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise l'article L. 611-1-3° et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été prononcée à la suite d'un refus de délivrance de titre de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte de celle de la décision relative au séjour, laquelle est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme G avant de prendre les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme G a déclaré être entrée en France le 2015 afin de solliciter le bénéfice de l'asile politique. Sa demande a été rejetée le 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, décision confirmée le 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. L'intéressée a ensuite déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, qui a fait l'objet le 2018 d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle elle n'a pas déféré. Elle fait valoir, à l'appui de sa demande, son engagement associatif et ses efforts d'apprentissage du français, ces éléments demeurent toutefois insuffisants, pour établir la réalité et l'intensité de son insertion sociale et professionnelle en France. Par ailleurs, Mme G, qui fait état de la présence de sa tante, réfugiée politique en France, est célibataire sans charge de famille et n'est pas dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où résident son père et sa fratrie. Eu égard à ces éléments et alors même qu'elle justifierait d'une durée de présence sur le territoire français d'une durée de six ans,

Mme G, qui ne peut se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, dépourvue de toute valeur réglementaire, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Vendée a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en France.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, Mme G étant notamment célibataire sans charge de famille sur le territoire français, les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme G.

9. En sixième et dernier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. En premier lieu, si Mme G soutient encourir des risques pour sa vie et sa liberté en cas de retour dans son pays, elle n'apporte toutefois pas d'éléments suffisants à l'appui de ses allégations. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, sa demande d'asile a été rejetée le 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, décision confirmée le 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. Elle ne justifie pas davantage, par les pièces médicales produites qui font état d'un traitement psychologique et d'une prise en charge esthétique à la suite de l'opération subie en 2018, de l'existence de risques graves pour sa vie ou à un traitement dégradant en cas de retour en . Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. En second lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2021 contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme FLa greffière,Signé Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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