mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2206416 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | DENEUVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Deneuve, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation et d'une erreur quant à la nature de sa demande ;
elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;
la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation, elle est illégale en raison de l'illégalité des décision précédentes et elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une ordonnance du 15 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 15 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante malienne née en 1967, a sollicité, le 7 septembre 2021, une carte de séjour temporaire pour raisons de santé. La requérante demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.
Sur la nature du droit au séjour demandé :
2. La requérante soutient que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée dès lors qu'elle est sans objet au motif qu'elle n'a jamais déposé une telle demande mais qu'elle a uniquement sollicité une prolongation de son visa obtenu le 20 novembre 2020 ou une autorisation provisoire de séjour pour raison thérapeutique. Il ressort cependant, d'une part, des lettres des 11 février et 28 juin 2021 que le conseil de Mme A a adressées au préfet de la Seine-Saint-Denis que l'intéressée demande la délivrance, notamment, d'une carte de séjour pour un durée d'au moins un an sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, d'autre part, d'une autre lettre du 12 avril 2021 adressée au même destinataire que Mme A sollicite directement, à titre exceptionnel, la délivrance d'un titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour. Il est, au surplus, relevé que Mme A a fait compléter le certificat médical confidentiel adressé au médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé. Dans ces conditions, la requérante ne saurait valablement demander l'annulation de la décision attaquée au motif qu'elle n'a pas sollicité une carte de séjour temporaire pour raisons de santé.
Sur les moyens communs à plusieurs décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. D, sous-préfet du Raincy, en matière de droit au séjour des étrangers, notamment pour les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans un délai de trente jours des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
5. En l'espèce, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et fixant le pays de destination comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état de la nationalité et de la situation personnelle et familiale de Mme A. La décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à la suite d'un refus de délivrance de titre de séjour, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a en revanche pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. En l'espèce, il ressort du certificat médical confidentiel adressé au médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que Mme A a respectivement fait l'objet, en 2017 et en 2020, de mastectomies des seins droit et gauche suivies de chimiothérapies, qu'elle est en phase de rémission complète, qu'aucun traitement anticancéreux n'est en cours et qu'elle nécessite une surveillance semestrielle clinique et mammographique. Selon l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 8 décembre 2021, si le défaut de prise en charge médicale de Mme A peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. À cet égard, la requérante soutient que la pathologie dont elle souffre ne peut pas être prise en charge de manière optimale au Mali, notamment du fait de l'absence d'équipements de surveillance suffisamment performants comme la tomographie par émission de positions. Il ressort cependant des pièces médicales produites, notamment du certificat médical confidentiel précédemment mentionné mais également de l'ordonnance du 16 février 2022 et du certificat du 6 avril 2022 du médecin spécialiste de Mme A, que celle-ci nécessite uniquement une surveillance échographique, voire une biopsie en cas de persistance d'anomalies. A supposer que son état de santé requière impérativement et exclusivement de recourir à une tomographie par émission de positions, la requérante n'apporte, en tout état de cause, aucun commencement de preuve sur l'indisponibilité d'un tel équipement au Mali. Dans ces conditions, la requérante ne conteste pas valablement l'avis du collège des médecins, sur lequel la décision préfectorale s'est fondée, quant à l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, sans qu'il soit nécessaire de solliciter l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Eu égard à cette situation médicale, la décision préfectorale n'a pas, non plus, porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de la situation médicale de Mme A. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 mars 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte du point précédent que la requérante n'est pas fondée à contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 mars 2022 l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte du point précédent que la requérante n'est pas fondée à contester la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.
14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
15. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 mars 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.
Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026