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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206447

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206447

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantAMZALLAG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, Mme A B épouse D, représentée par Me Amzallag, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Amzallag renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie ;

- il est entaché d'une erreur de droit relative à la non prise en compte de ses années de résidence en France avant 2017 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La requérante a produit des pièces complémentaires les 28 avril, 4 octobre, 14 octobre et 31 octobre 2022 ; les pièces produites les 14 et 31 octobre 2022 n'ayant pas été communiquées.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Mme B épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique du 14 février 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse D, ressortissante tunisienne née en 1944, entrée en France, selon ses déclarations, le 15 février 2009, a sollicité, les 17 janvier 2019 et 8 septembre 2020, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 1er décembre 2020, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. F E, sous-préfet du Raincy, à effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il a été fait application et expose avec une précision suffisante les principaux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B épouse D sur lesquels s'est fondé le préfet pour prendre sa décision. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à sa situation et la circonstance que la décision ne mentionne pas, notamment, la présence régulière de ses deux fils majeurs, leurs ressources stables et suffisantes, leur engagement à la prendre en charge et l'existence de ses cinq petits enfants sur le territoire français, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et respecte donc les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B épouse D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2, en vigueur à la date de la décision attaquée, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 (). " Aux termes de l'article R. 312- 2 du même code, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le préfet () saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles () L. 313-11, () à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

7. En l'espèce, Mme B épouse D, qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 423-23, ainsi qu'il résulte de ce qui est dit au point 12, ne saurait utilement soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie sur le fondement de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.

8. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

9. Si Mme B épouse D soutient résider en France depuis le 15 février 2009, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, elle ne justifie cependant pas, soit qu'elle ne produise pas de pièces, soit que les pièces produites ne présentent pas de caractère probant, de sa présence sur le territoire durant les périodes, de plus de six mois, comprises entre juin 2009 et avril 2010, juin 2010 et avril 2011, juillet 2011 et novembre 2012, août 2013 et février 2014, août 2014 et avril 2015, août 2015 et janvier 2016, octobre 2016 et avril 2017, et août 2019 et janvier 2020. Ne constituent notamment pas des preuves probantes les avis d'imposition établis chaque année à compter de 2013, dès lors qu'ils ne mentionnent aucun revenu, à l'exception d'un revenu de 80 euros déclarés au titre de l'année 2012 et de 1300 euros déclarés au titre de l'année 2019, trop faible pour permettre d'attester de la présence habituelle de l'intéressée sur le territoire au titre de ces années. De la même façon, les cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'état pluriannuelles ne permettent pas d'attester de manière probante de la présence en France de l'intéressée durant les années postérieures à celle de leur délivrance. Les attestations de chargement de pass navigo produites pour les années 2018, 2019 et 2020 sont également dépourvues de caractère probant, dès lors qu'il n'est pas établi que la requérante aurait personnellement effectué ces chargements. Dans ces conditions, compte-tenu du nombre important de périodes de plus de six mois pour lesquelles la preuve de la présence sur le territoire de la requérante n'est pas rapportée, y compris sur les années les plus récentes, la requérante n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur en s'abstenant de consulter la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction de la décision de refus de titre de séjour litigieuse.

10. En sixième lieu, si la décision attaquée indique que la requérante ne peut se prévaloir d'une ancienneté de séjour antérieure à la notification de l'obligation de quitter le territoire dont elle a fait l'objet en 2017 et qu'elle n'a pas exécutée, il ressort toutefois des autres mentions de la décision que le préfet a tout de même examiné la situation personnelle de Mme B épouse D pour l'ensemble des années évoquées par la requérante et, notamment, a considéré que l'intéressée n'établissait pas la réalité de sa résidence habituelle en France entre 2010 et 2020, de telle sorte que l'erreur de droit commise par le préfet demeure sans incidence sur la décision contestée. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit donc être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 423-23 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Mme B épouse D, âgée de 78 ans à la date de la décision attaquée, soutient qu'elle vit en France depuis plus de dix ans, que son époux est décédé en 2007, qu'elle est entrée en France pour être auprès de ses deux fils, titulaires d'une carte de résident et mariés avec une ressortissante française, qu'elle a cinq petits-enfants français dont elle s'occupe régulièrement et qu'elle est prise en charge par l'un de ses fils résidant en France. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que l'ancienneté de séjour de la requérante n'est pas établie. Il ressort en outre des pièces du dossier que la requérante n'est pas isolée dans son pays d'origine où réside sa fille et où elle pourra continuer à recevoir l'aide financière de son fils et où ses enfants et petits-enfants pourront venir lui rendre visite. Si la requérante se prévaut également de son âge, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé nécessite une prise en charge particulière, ni qu'elle serait dépendante de l'aide de ses fils, chez qui elle ne réside d'ailleurs pas. Ainsi, la décision attaquée n'est pas de nature à faire regarder le refus de titre de séjour contesté comme ayant porté au son droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 11 doivent être écartés, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 1er décembre 2020. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D, à Me Amzallag et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Thébault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

S. G

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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