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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207139

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207139

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 avril 2022 et

25 avril 2023, Mme B F, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que le préfet a dénaturé sa demande de titre de séjour et a refusé de prendre en considération sa qualité de parent d'enfant malade ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles

L. 425-9, L. 425-10 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas saisi l'OFII pour avis ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dupuy-Bardot a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante congolaise (RDC) née le 27 juillet 1993 à Kinshasa, déclare être entrée en France le 3 décembre 2014. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, par une décision du 25 novembre 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 août 2018. Le 6 septembre 2018, elle a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

21 décembre 2018 le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Le 27 octobre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 21 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E C pour signer, notamment, les décisions de la nature de celles qui sont attaquées en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque donc en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que Mme F déclare être entrée en France le 3 octobre 2014, qu'elle est célibataire et mère de quatre enfants, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où vivent deux de ces derniers, ses parents et sa fratrie, qu'elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle et que son comportement constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'elle est connue au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le

30 mai 2016. La décision attaquée précise que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. En outre, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français dont est assortie la décision, dûment motivée, portant refus de délivrer un titre de séjour à l'intéressée, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. L'arrêté attaqué vise également l'article

L. 612-1 du même code, relatif au délai dont dispose l'étranger pour quitter le territoire français, ainsi que l'article L. 721-3, relatif au pays de destination, et mentionne que Mme F n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. S'agissant enfin de l'interdiction de retour sur le territoire français, la décision en litige mentionne, en droit, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise, en fait, que l'examen de la situation de l'intéressée a été effectué au regard de l'article L. 612-10 du même code, lequel mentionne les quatre critères dont l'autorité compétente doit tenir compte pour décider de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, l'arrêté attaqué mentionne les éléments relatifs à la situation de l'intéressée qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Pour refuser de délivrer à Mme F un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'elle est connue au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 30 mai 2016. Si la requérante conteste ce motif en faisant valoir que le préfet n'apporte aucun élément sur les suites données à cette procédure, elle ne conteste nullement la matérialité ou l'imputabilité des faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Or, le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, la circonstance que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au regard des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle en avait fait la demande, et n'a pas saisi pour avis le collège des médecins de l'OFII, en méconnaissance de l'article R. 425-11 du même code, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et n'ont pas privé, en l'espèce, l'intéressée d'une garantie. Les moyens tirés du vice de procédure, de la méconnaissance de ces dispositions et du défaut d'examen doivent donc être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Mme F se prévaut de sa présence en France depuis 2016 et de la naissance de ses quatre enfants en France. Toutefois, elle est célibataire et sans attaches familiales ou personnelles en France, ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni d'aucune ressource, et est connue au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 30 mai 2016. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas l'existence de liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, l'arrêté contesté ne méconnaît pas les stipulations et dispositions précitées.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Mme F soutient que l'un de ses enfants, D, souffre d'une pathologie grave évolutive pour laquelle il bénéfice d'un suivi médical et d'un traitement dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et auxquels il n'aurait pas effectivement accès en République démocratique du Congo. Il ressort des deux certificats médicaux du docteur A, hématologue, que le fils de la requérante souffre d'une maladie hématologique congénitale pour laquelle il bénéficie d'un suivi médical à l'hôpital R. Debré à Paris, dont le défaut serait susceptible, selon ce praticien, d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si ce médecin estime que le traitement et le suivi médical pour cette pathologie ne sont pas disponibles dans le pays d'origine de Mme F, cette appréciation n'est pas circonstanciée, en l'absence de toute précision sur le nom de cette pathologie et la nature du traitement et du suivi médical qu'elle nécessite. Par ailleurs, si la requérante verse au dossier un rapport de l'OSAR sur le traitement des maladies mentales en République démocratique du Congo, ce document ne permet nullement d'établir que son fils, qui souffre d'une maladie hématologique, ne pourrait pas bénéficier d'un traitement dans ce pays. Dans ces conditions, faute pour la requérante d'établir que son fils ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement et d'un suivi médical en République démocratique du Congo, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et compte tenu de ce qui a été dit au point 7, qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à l'encontre de Mme F, dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public et qui s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 21 décembre 2018 par le préfet de l'Eure et dont elle a nécessairement eu connaissance dès lors qu'elle l'a contestée sans succès devant le tribunal administratif de Rouen (jugement n° 1901306 du 25 juin 2019), le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

D. Azlouk

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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