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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207694

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207694

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMOURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2022 et 17 mars 2023,

M. F D, représenté par Me Mouret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen complet et personnalisé de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet au titre du travail, et dans l'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis sollicite le rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2023 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce qu'il y a lieu de substituer à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable aux ressortissants marocains, le pouvoir général de régularisation dont le préfet dispose, comme base légale de la décision de refus de séjour en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, conseiller,

- les observations de Me Mouret pour M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité marocaine, né le 10 décembre 1983 à Oujda (Maroc), est entré en France le 18 avril 2014 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour. Il a sollicité, le 15 octobre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 avril 2022, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1836 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E C, attachée d'administration de l'État en charge des refus de séjour et des interventions, pour l'ensemble des attributions relevant de ce bureau, au nombre desquelles figure la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque la décision en cause a été prise. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Il ressort en outre de leurs motifs que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation de l'intéressé doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''. Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. Si le préfet a, à tort, apprécié la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. D au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer à ce fondement erroné celui tiré du pouvoir dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation d'un étranger, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

7. A l'appui de son recours M. D fait valoir qu'entré en France le 18 avril 2014, il y justifie d'une résidence habituelle depuis avril 2015. Il indique avoir commencé à travailler d'avril à décembre 2019 sur un emploi de ferrailleur à temps plein pour la société EMR Bâtiment moyennant un salaire avoisinant le SMIC. Toutefois, si l'intéressé soutient avoir occupé un emploi similaire pour la SARL OTK Construction de septembre 2020 à avril 2021, les virements bancaires sur les mois de septembre, octobre et novembre 2020, et janvier, février et avril 2021, de montants différents, et l'attestation de paiement des congés sur la période du

1er novembre 2020 au 31 janvier 2021 établie par la caisse de l'Ile-de-France BTP Congés Intempéries, ne permettent pas d'établir la relation de travail dont il se prévaut. M. D a été par la suite embauché par la même société EMR Bâtiment comme ferrailleur à partir

d'avril 2021 au titre d'un contrat à durée indéterminée moyennant un salaire mensuel brut de

1 850,37 euros. Néanmoins, ces expériences professionnelles discontinues et débutées récemment ne reflètent pas une insertion socio-professionnelle significative sur le sol français. Si le préfet s'est mépris en déniant les perspectives réelles d'embauche de M. D, et à supposer que le préfet se soit mépris sur le nombre de bulletins de salaire qui lui ont été communiqués par l'intéressé, il résulte de l'instruction que le préfet aurait, en tout état de cause, pris la même décision s'il n'avait pas commis ces erreurs. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. D la régularisation de son séjour à titre exceptionnel ou humanitaire. Si le préfet a commis une erreur de droit en estimant que la soustraction à une précédente mesure d'éloignement prise le

6 novembre 2018 par le préfet de police de Paris faisait obstacle à la régularisation de la situation de M. D, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision au regard des éléments qu'il a pris en considération au titre du travail et de la vie privée et familiale de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, M. D soutient que la décision de refus de séjour a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors que sa demande d'autorisation de travail a été rejetée par le préfet sans consultation du service de la main d'œuvre étrangère de sorte qu'il a été placé dans l'impossibilité de présenter un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi. Toutefois, il ressort de la demande de titre de séjour produite à l'instance par le préfet que M. D a uniquement sollicité son admission exceptionnelle au séjour. En outre, le préfet n'a pas examiné d'office le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations. En tout état de cause, si le préfet peut, dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, transmettre la demande d'autorisation de travail qui lui est soumise pour avis au service de la main d'œuvre étrangère, aucune disposition ne prescrit cette consultation.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Concernant sa vie personnelle et familiale, M. D est marié avec une compatriote, Mme B A, depuis le 30 mars 2019. Si l'arrêté en litige précise que celle-ci est en situation irrégulière, sans préciser qu'elle avait présenté une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il avait pris en compte cet élément à la date à laquelle il a statué. En effet, la circonstance que, postérieurement à l'arrêté en litige, Mme A se soit vu délivrer un titre de séjour le 23 mai 2022 valable uniquement pour une durée d'un an est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. D se reconstitue au Maroc, pays dont son épouse a la nationalité. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. D en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision de refus de séjour n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième lieu, si le préfet a également estimé, sur le fondement de l'article

L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la présence en France de M. D représente une menace pour l'ordre public, il résulte de ce qui a été dit au point 7 et 10 que le préfet aurait en tout état de cause refusé l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé en fondant son appréciation uniquement sur son insertion socio-professionnelle ainsi que sur sa vie privée et familiale. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

12. En septième lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français à raison de celle de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, dont il n'est pas démontré qu'elle serait entachée d'illégalité, ne peut qu'être écarté.

13. En huitième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 7 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D ne démontre pas que les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai déterminé, d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée ne peut dépasser deux ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressé, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence représente une menace pour l'ordre public.

16. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à l'encontre de M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée le 6 novembre 2018 par le préfet de police de Paris à la suite d'un contrôle d'identité. En outre, le préfet a également relevé que la présence en France de

M. D représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation qui auraient été commis le 5 novembre 2018. Néanmoins, ces faits isolés, qui n'ont pas donné lieu à des poursuites pénales, ne suffisent pas à établir que la présence en France de M. D représente une menace pour l'ordre public. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que, nonobstant la mesure d'éloignement dont il a déjà fait l'objet, au regard de sa durée de présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la circonstance que, contrairement à ce qu'a estimé l'auteur de la décision litigieuse, sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée maximale de deux ans.

17.

Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision entachée d'illégalité, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 avril 2022 en tant seulement qu'il a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

19. Le présent jugement n'appelle aucune autre mesure d'exécution. Par suite, le surplus des conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peut qu'être rejeté.

Sur les frais non compris dans les dépens :

20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 avril 2022 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

Y. Khiat

Le président,

M. G

La greffière,

D. Azlouk

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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