mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207896 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | BENVENISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme B, représentée par Me Benveniste, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 26 juillet 2021, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de quinze euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance du titre de séjour :
- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la vie privée de l'intéressée ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et portant obligation de quitter le territoire français.;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 29 septembre 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, au cours de laquelle le rapport de Mme A a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malienne née le 2 novembre 2000, est entrée en France en janvier 2017 selon ses déclarations. Le 10 novembre 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par cette requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1836 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme F E, attachée d'administration de l'État en charge des refus de séjour et des interventions, pour l'ensemble des attributions relevant de ce bureau, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été confiée à l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Saint-Denis et qu'elle a ensuite conclu avec ce département deux contrats d'aide éducative à domicile " jeune majeur " portant sur les périodes courues du 29 janvier au 15 juillet 2019 et du 15 juillet au 31 octobre 2019. S'il ressort également des pièces du dossier que Mme B a été scolarisée à partir du 20 avril 2018 en première, puis en terminale et a obtenu en 2019 son baccalauréat professionnel " vente ", l'intéressée n'établit pas, ni même n'allègue, qu'à la date de la décision contestée, elle suivait une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle depuis au moins six mois et qu'elle remplissait ainsi les conditions prévues par les dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En troisième lieu et eu égard à ce qui a été dit au point 4, si Mme B se prévaut de sa minorité au moment de son entrée en France, de sa qualité d'étranger confié au service de l'aide sociale à l'enfance, de sa présence continue sur le territoire depuis 2017, de l'obtention de son baccalauréat, de la présence en France de sa tante, de sa maîtrise de la langue française et de sa volonté de régulariser sa situation administrative, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée au regard du droit au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme B invoque sa présence en France depuis janvier 2017, alors qu'elle était mineure, qu'elle vit chez sa tante maternelle, titulaire d'une carte de résidente valable jusqu'au 19 mars 2026, chez laquelle elle a été placée jusqu'à sa majorité par un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de C daté du 27 mars 2017. Toutefois, alors même qu'elle a été scolarisée et qu'elle a obtenu son baccalauréat professionnel " vente " en 2019, l'intéressée ne justifie d'aucune insertion ni perspective professionnelle. À cet égard, le bénéfice de deux contrats d'aide éducative à domicile " jeune majeur " et le stage de formation en milieu professionnel, réalisé du 24 septembre au 13 octobre 2018 dans le cadre de la préparation du baccalauréat, ne suffisent pas à justifier de son intégration dans la société française. En outre, célibataire et sans enfant à charge, Mme B, qui soutient n'entretenir de relations familiales qu'avec sa tante maternelle à qui elle a été confiée en France et allègue avoir coupé tout lien avec sa famille restée au Mali en raison des mutilations génitales qu'elle aurait subies avant son entrée en France, ne verse au dossier aucun élément permettant d'en justifier. Par suite, en lui refusant un titre de séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressée doit être rejeté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
11. La décision litigieuse mentionne les circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale ne se serait pas livrée à un examen de la situation personnelle de la requérante. Enfin, Mme B n'établit pas qu'elle serait personnellement exposée à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans le pays dont elle est ressortissante. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Auvray, président,
M. Thobaty, premier conseiller,
Mme Fabre, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A.-L. A Le président,
signé
B. Auvray
Le greffier,
signé
S. Werkling
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2207896
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026