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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208361

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208361

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. B, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant un délai de départ volontaire :

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles contreviennent à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce que, bien que né à Abidjan, il est de nationalité malienne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me David, substitutant Me Gonidec, pour M. B, présent, qui reprend les conclusions et moyens des écritures, en faisant notamment valoir : - que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen, en ce que la motivation est stéréotypée, qu'elle ne prend pas en compte la présence d'une partie de sa famille en France et fait état d'une nationalité ivoirienne ; - que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, étant intégré professionnellement et ayant un oncle et des cousins en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, se disant M. C B né le 22 mars 1999 à Abidjan (Côte d'Ivoire) et être ressortissant ivoirien, qui relève dans son recours être de nationalité malienne, déclare être entré sur le territoire français en novembre 2021. Par un arrêté du 19 avril 2022, pris notamment sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la vie familiale du requérant, vise notamment les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article de 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et relève que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il a déclaré travailler de manière illégale en France. Le préfet de Seine-et-Marne, qui a examiné sa durée de présence en France, son intégration et les conditions de son séjour en France, n'était pas tenu de motiver spécifiquement l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, la décision contestée mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B, qui a déclaré lors de son audition être de nationalité malienne, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'elle indique de manière erronée qu'il serait de nationalité ivoirienne. Il ne produit toutefois pas de pièces justifiant la nationalité alléguée et, à supposer cette erreur établie, il ne ressort ni de la lecture de la décision en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, les décisions contestées n'ayant pas pour objet de déterminer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

6. En troisième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du

19 avril 2022, que M. B a été mis en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis novembre 2021, qu'il a un oncle et des cousins en France et qu'il travaille comme maçon, ces circonstances, au demeurant non établies par les pièces produites, ne suffisent pas à considérer que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées ou commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à la décision fixant le pays de renvoi, ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, M. B, qui a déclaré lors de son audition être de nationalité malienne, sans produire aucune pièce en justifiant, soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il est de nationalité malienne. Toutefois, la décision attaquée précise que M. B sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il sera légalement admissible. Par suite, M. B ne soutenant pas qu'il ne serait pas légalement admissible, l'erreur de fait invoquée, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de cette décision.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions en annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Gonidec et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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