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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208695

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208695

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2022, complétée par des pièces enregistrées les 1er juin, 2 juin et 8 août 2022, M. A B, représenté par Me Sow, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences qu'il emporte sur celle-ci ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Sow, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

M. B, ressortissant marocain né en 1982, demande l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, d'une part, l'arrêté attaqué mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle, professionnelle et familiale de M. B en considération desquels le préfet a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour. En outre, et contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, et la circonstance que la décision ne mentionne pas, notamment, le fait que son enfant souffre d'épilepsie, ce dont le requérant n'allègue d'ailleurs pas s'être prévalu devant le préfet, n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation. La décision de refus de titre de séjour est, par suite, suffisamment motivée en fait. D'autre part, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet a obligé M. B à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, dès lors qu'elle a été prise concomitamment à la décision de refus de titre de séjour, laquelle est, tel qu'il vient d'être dit, suffisamment motivée. Enfin, l'arrêté contesté, qui relève que M. B est de nationalité marocaine, qu'il dispose d'une carte d'identité italienne valable du 12 mai 2021 au 3 février 2032 et qu'il n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement ré-admissible, comporte une motivation en fait suffisante de la décision fixant le pays de destination. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale".

3. S'il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant marocain, a résidé en France entre juillet 2014 et septembre 2018, période durant laquelle il a travaillé en qualité de peintre à temps partiel entre octobre 2014 et mai 2017, profitant du titre de séjour valable trois ans qui lui avait été accordé le 22 octobre 2014 en qualité de travailleur temporaire, il ne produit aucune preuve de sa présence sur le territoire français pour la période allant du mois d'octobre 2018 au mois de mai 2021, durant laquelle il s'est marié, en Italie, le 28 octobre 2019, avec une ressortissante italienne avec laquelle il a eu un enfant, né en Italie le 23 juillet 2020. La présence de M. B en France n'est ensuite établie qu'à partir du mois de mai 2021, à compter duquel il ressort des pièces du dossier qu'il s'est installé dans le département de la Seine-Saint-Denis avec son épouse et son fils. Le requérant ne se prévaut d'aucune insertion sociale particulière en France, ni d'aucune perspective d'embauche, la promesse d'embauche qu'il présente, datée du 15 octobre 2018, étant trop ancienne pour permettre de justifier d'une perspective réelle et sérieuse. Si le requérant fait valoir que son épouse, ressortissante italienne, travaille à temps partiel en tant qu'employée polyvalente, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, de sorte qu'il ne justifie pas du caractère régulier de la présence en France de son épouse dans les conditions prévues à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne fait valoir aucune attache familiale en France, en dehors de son épouse et de son fils. S'il se prévaut de l'état de santé de son enfant, qui souffre d'épilepsie et bénéficie à cet égard d'un traitement médicamenteux (gardénal), il n'établit ni même n'allègue que son enfant ne pourrait bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé au Maroc ou en Italie. Dans ces circonstances, il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de l'intéressé au Maroc, où résident ses parents et sa fratrie, ou bien en Italie, pays dont son épouse et son fils ont la nationalité et où la cellule familiale s'est constituée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il serait contraire à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

5. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le requérant ne remplissait pas les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé, par les moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 avril 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sow et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Nguër, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

S. C

Le président,

C. Tukov La greffière,

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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