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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209797

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209797

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juin 2022 et 9 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Guillou, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il soutient que la requête est dépourvue d'objet, dès lors que M. B a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " salarié " le 20 septembre 2022, valable jusqu'au 19 septembre 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2023 :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- les observations de Me Iharkane, substituant Me Guillou, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1962, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié " à compter du 5 juin 2013, régulièrement renouvelé depuis lors. Il soutient sans être contredit avoir sollicité, à l'occasion du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour effectué en préfecture le 13 décembre 2021, un changement de statut en vue de l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et justifie de cette demande par l'envoi, en parallèle, d'un courrier reçu en préfecture le 28 décembre 2021. Du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur cette demande pendant quatre mois est née, en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet, dont M. B demande l'annulation.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. La circonstance que, postérieurement à l'introduction de la requête présentée par M. B visant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B se soit vu délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", valable du 20 septembre 2022 au 19 septembre 2023, ne rend pas sans objet la requête présentée contre la décision implicite attaquée portant refus d'une demande qui était fondée sur d'autres dispositions législatives susceptibles d'ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour de nature différente, obéissant à d'autres conditions de délivrance et de renouvellement. Il s'ensuit que la requête de M. B conserve son objet. Il y a donc lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

4. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé implicitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé, par un courrier reçu en préfecture le 17 mai 2022, la communication des motifs de la décision implicite née le 13 avril 2022, par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en ressort également que l'administration n'a pas communiqué, dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration précité, les motifs de cette décision implicite de rejet. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par M. B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

Le président,

C. Tukov La greffière,

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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