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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211917

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211917

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de fait en ce qu'il mentionne que le requérant réside sur le territoire français en situation irrégulière ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard des stipulations des articles 5 et 9 de l'accord franco algérien dès lors qu'il est fondé sur l'absence de présentation d'un visa de long séjour alors que le requérant, qui était déjà titulaire d'un certificat de résidence, a demandé un changement de statut ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco algérien ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en ne statuant pas sur sa demande de certificat de résidence présentée en tant qu'étranger malade sur le fondement des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien ;

- il méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas répondu.

Par une ordonnance du 12 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 10 octobre 1983, a sollicité le 20 juin 2019 le renouvellement de son certificat de résidence pour raison de santé. Par un arrêté en date du

8 juillet 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de ce certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Montreuil

n° 2008081 en date du 3 décembre 2020, enjoignant au réexamen de la situation administrative du requérant. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris

n° 20PA04278 du 30 avril 2021. Dans le cadre de ce réexamen, le préfet de la Seine-Saint-Denis a demandé à M. B, par un courrier en date du 31 mai 2022, de lui préciser la nature du certificat de résidence sollicité, ce à quoi l'intéressé a répondu, par un courrier en date du 10 juin 2022, qu'il demandait un certificat de résidence en qualité de commerçant, sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien. Par un nouvel arrêté en date du 24 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a également examiné la situation du requérant au regard de sa vie privée et familiale et au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose, lui a refusé le renouvellement de ce certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien, qui régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Et aux termes de son article 9 : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

3. En premier lieu l'arrêté attaqué mentionne que le requérant s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national depuis son entrée le 1er octobre 2015. Or, il ressort des pièces du dossier qu'il a été titulaire d'un premier certificat de résidence valide du

27 novembre 2016 au 28 novembre 2017, puis d'un second valide du 30 août 2018 au 20 juin 2019 et qu'entretemps, alors qu'il a toujours demandé le renouvellement de ses certificats de résidence dans les délais requis, il s'est maintenu régulièrement et de façon continue en France sous couvert de récépissés de demande de renouvellement ou d'autorisations provisoires de séjour, délivrés par la préfecture de la Seine-Saint-Denis et ce jusqu'à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de fait, laquelle est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision attaquée.

4. En second lieu, si, en vertu des stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien, la première délivrance d'un certificat de résidence algérien est, en principe, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, du titre de séjour temporaire dont il est titulaire, lorsque cette demande est formulée avant l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant, qui était titulaire d'un certificat de résidence pour raison de santé valide du 30 août 2018 au 20 juin 2019, en a demandé le renouvellement le 20 juin 2019. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé ce renouvellement par un arrêté en date du 8 juillet 2020, cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Montreuil n° 2008081 du 3 décembre 2020 enjoignant au réexamen de la situation de l'intéressé, jugement confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n° 20PA04278 du 30 avril 2021. Dans le cadre de ce réexamen, le préfet de la Seine-Saint-Denis a demandé à M. B, par un courrier en date du 31 mai 2022, de lui préciser la nature du certificat de résidence sollicité, ce à quoi l'intéressé a répondu, par un courrier en date du

10 juin 2022, qu'il demandait un certificat de résidence en qualité de commerçant, sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 3, le requérant s'est toujours maintenu en situation régulière sur le territoire national depuis la délivrance de son premier certificat de résidence le 27 novembre 2016 et ce jusqu'à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait lui opposer, pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien, la circonstance qu'il n'avait pas présenté de visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du

24 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence. Les décisions du même jour faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désignant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

8. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou l'autorité territorialement compétente, procède au réexamen de la situation du requérant. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de procéder à cet examen dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

III- Sur les frais liés au litige:

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 100 (mille cent) euros au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 24 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à l'autorité territorialement compétente, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 100 (mille cent) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ-C. TruilhéLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à l'autorité territorialement compétente, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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