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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212552

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212552

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août et 24 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

­ elle est entachée d'une violation de la loi, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ elle est entachée d'une violation de la loi, la circonstance que l'administration ait mis en place un téléservice pour la prise de rendez-vous, qui ne saurait être obligatoire, ne faisant pas obstacle à ce que les administrés la saisissent par un autre moyen.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête compte tenu de l'intervention d'une décision explicite de rejet, ainsi qu'à son rejet.

Une ordonnance du 19 décembre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 6 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1958, a sollicité, par un courrier reçu en préfecture le 11 janvier 2022, la délivrance d'un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " sur les fondements du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et du pouvoir de régularisation du préfet. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision implicite née le 11 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Dans ces conditions, les conclusions d'annulation présentées par M. A doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 novembre 2022, intervenu en cours d'instance, qui s'est substitué à la décision par laquelle a été implicitement rejetée la demande de titre de séjour présentée le 11 janvier 2022. Il s'ensuit que les conclusions du préfet de la Seine-Saint-Denis au non-lieu à statuer ne sauraient être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 novembre 2022 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. En l'espèce, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde pour considérer que M. A devait se présenter à la préfecture pour déposer sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement. " Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. " L'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 susvisé et codifié à l'annexe 9 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'inclut pas, dans la liste des catégories de titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice, celles relatives à l'admission exceptionnelle au séjour ou celles prévues par l'article 6 de l'accord franco-algérien.

7. Il ressort des dispositions précitées que les demandes de délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle ou de la vie privée et familiale ne s'opèrent pas au moyen d'un téléservice mais doivent s'effectuer à la préfecture, étant précisé que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a déterminé aucune catégorie de titre de séjour pouvant lui être adressée par voie postale.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé sa demande de titre de séjour au préfet de la Seine-Saint-Denis par voie postale, en méconnaissance de la règle de la comparution personnelle prévue par les dispositions précitées de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet, pour ce seul motif, pouvait légalement rejeter sa demande.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne, dès lors qu'elle s'est identifiée préalablement auprès d'une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'État, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. Cette administration est régulièrement saisie et traite la demande, la déclaration, le document ou l'information sans lui demander la confirmation ou la répétition de son envoi sous une autre forme. " Aux termes de l'article L. 112-10 du même code : " L'application des articles L. 112-8 et L. 112-9 à certaines démarches administratives peut être écartée, par décret en Conseil d'État, pour des motifs d'ordre public, de défense et de sécurité nationale, de bonne administration, ou lorsque la présence personnelle du demandeur apparaît nécessaire. " Il résulte du décret n° 2015-1423 du 5 novembre 2015 relatif aux exceptions à l'application du droit des usagers de saisir l'administration par voie électronique, dans sa rédaction applicable à la date de la demande, que les demandes de titre de séjour sont exclues du champ d'application de l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration au motif de la nécessité de la comparution personnelle du demandeur.

10. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces dispositions n'ont pas pour objet de permettre aux administrés de présenter une demande de titre de séjour par voie postale. Dès lors, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

11. En quatrième lieu, si le requérant qui a directement adressé sa demande de délivrance d'un titre de séjour par voie postale sans prendre de rendez-vous soutient que l'obligation de prise de rendez-vous en ligne mise en place par le préfet de la Seine-Saint-Denis est illégale, il n'établit ni même n'allègue qu'en tout état de cause, il aurait tenté sans succès d'obtenir un rendez-vous en préfecture, que ce soit via la plate-forme de prise de rendez-vous en ligne ou via un quelconque autre moyen.

12. En cinquième lieu, lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée de " violation de la loi, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ", au demeurant dépourvus de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés. Il en est de même pour le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la demande de titre de séjour de M. A.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 4 novembre 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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