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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213298

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213298

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 août 2022 et le 21 novembre 2022, M. A E, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités autrichiennes ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de l'admettre au séjour et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 10 jours sous peine d'astreinte fixée par 150 euros par jour de retard. ;

4°) de condamner l'Etat au versement de frais irrépétibles d'un montant de 2000 euros HT, soit 2400 euros TTC, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat ; et en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat au versement de frais irrépétibles d'un montant de 2000 euros, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans leur intégralité ;

- il méconnaît l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors qu'il justifie de la présence sur le territoire français de son père bénéficiaire d'une protection internationale ;

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces le 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement n° 343/2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Semak représentant M. E, assisté de M. D, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé du transfert de M. E, ressortissant turc né en 1997, aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué " .

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées et telle qu'elle figure à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003, constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier, que M. E s'est vu remettre contre signature, le 28 juin 2022, les brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B), conformes à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 qui a modifié sur ce point l'article 16 bis du règlement (CE) n° 1560/2003, outre le guide du demandeur d'asile et la brochure Eurodac. Ces documents sont rédigés en turc, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. La circonstance que la mention de la notification des brochures A et B, signées par l'intéressé, ne précise pas son nombre de pages ne saurait établir que ce document ne lui a pas été communiqué dans son intégralité, alors qu'il a apposé sans réserve sa signature sur sa page de couverture et n'a pas émis d'observation sur son contenu lors de l'entretien individuel. Il ressort également des pièces du dossier, que la notice d'information Eurodac et les brochures A et B ont été remises contre signature, le 28 juin 2022, soit le même jour où les empreintes digitales de M. E ont été et transmises à l'unité centrale. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n°604/2013 (UE) du 26 juin 2013 aux termes duquel : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Il résulte de ces dispositions que la notion de " membre de la famille " doit s'entendre, pour un demandeur majeur, des seuls conjoint ou partenaire et de leurs enfants mineurs, conformément au g) de l'article 2 de ce règlement.

8. Si le requérant fait état de la présence de son père et de son cousin, lesquels sont bénéficiaires de la protection internationale, ces derniers ne constituent un membre de la famille au sens et pour l'application de l'article 9 du règlement précité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 9, 10 et 11 du règlement n°604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ne peuvent qu'être écartés.

9. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 6 juin 2022 et qu'il y est célibataire et sans enfant à charge. L'intéressé n'établit par ailleurs pas, ni même n'allègue avoir développé sur le territoire national des attaches privées et professionnelles. Nonobstant la présence régulière en France de son père et de son cousin, M. E n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'en décidant de son transfert vers les autorités autrichiennes, le préfet de police aurait porté une atteinte excessive au respect de sa vie privée ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, si le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation et d'une erreur de fait en considérant que M. E n'a pas justifié de la présence d'un membre de sa famille demandeur ou bénéficiaire d'une protection internationale alors qu'il fait état de la présence de son père et de cousin en situation régulière sur le territoire national, leur seule présence, eu égard à ce qui a été dit aux points 7 et 9, est sans incidence sur la décision attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation, et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux dépens, ainsi que la demande tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DE C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée en son surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Semak.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le président de la 11e chambre,

C. B La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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