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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213582

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213582

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantITSOUHOU-MBADINGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif d'Amiens a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 25 août et 24 octobre 2022, M. D B C, représenté par Me Itsouhou-Mbadinga, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ;

- il méconnaît l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle considère que l'usage de faux documents d'identité est constitutif d'un trouble à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Weidenfeld, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Me Itsouhou-Mbadinga, représentant M. B C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. B C le 26 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 28 août 1963, de nationalité congolaise, est entré sur le territoire français le 13 décembre 2019, selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au titre de l'asile le 24 décembre 2021 mais sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 février 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 juillet 2022. Par un arrêté du 4 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Pour édicter l'arrêté litigieux, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que la demande d'asile du requérant avait été rejetée, ainsi qu'il a été mentionné ci-dessus, et que l'intéressé ne justifiait pas d'un plein droit au séjour en France, notamment en l'absence d'attaches familiales sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que neuf jours après la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile mentionnée ci-dessus, le requérant a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi la préfète de l'Oise d'une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ", en faisant valoir qu'il était marié avec une compatriote titulaire d'une carte de résidente. Ce courrier a été réceptionné à la préfecture de l'Oise le 4 août 2022, soit le jour même de la décision attaquée. Par suite, en ne prenant pas en considération la situation familiale de l'intéressé, alors que celui-ci l'avait portée à la connaissance de l'administration de manière suffisamment diligente, la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'un défaut d'examen. Il s'ensuit que l'arrêté litigieux doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

3. L'annulation de la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours implique seulement que le préfet territorialement compétent, à savoir le préfet de la Seine-Saint-Denis, procède au réexamen de la situation de M. B C, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois.

4. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. B C une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 août 2022 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B C dans un délai de trois mois, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à M. B C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C, à la préfète de l'Oise et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 novembre 2022.

La magistrate désignée,

K. E

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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