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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214131

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214131

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBHAGANOOA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022, M. E A, représenté par Me Bhaganooa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Salzmann a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant (ANO)ivoirien(/ANO), a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 9 mai 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par un arrêté n° 2021-2773 du 13 octobre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 14 octobre 2021, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B. Par suite, dès lors que la commune où a indiqué résider M. A, est située dans l'arrondissement du Raincy, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision refusant d'accorder un titre de séjour vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne, pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A qu'eu égard aux faits pour lesquels il a été condamné ou signalés, son comportement constitue une menace pour l'ordre public et indique au surplus qu'il ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Il mentionne également qu'il ne remplit pas les conditions pour l'obtention d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Quant à l'obligation de quitter le territoire français, qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle précise que l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière ; elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte de celle relative à la décision de refus de titre de séjour. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, qui vise l'article L.612-2, est fondée sur le risque que celui-ci se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, validée par le tribunal administratif de Cergy Pontoise le 17 janvier 2020 et s'est maintenu en situation irrégulière. Par ailleurs, l'arrêté vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du même code, fait mention de la date d'entrée en France de l'intéressé, de sa situation familiale, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'au demeurant, le requérant n'invoque aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée à son encontre, elle fait ainsi état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise, tant dans son principe que dans sa durée. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. M. A qui n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées et dont la demande n'a pas été examinée d'office par le préfet sur ce fondement ne peut utilement soutenir que faute de saisine de la commission du titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure. Le moyen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant ".

7. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet a considéré que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné le 26 mai 2011 et le 20 octobre 2011, respectivement à 350 et 500 euros d'amende pour des faits de conduite sans permis, et plus récemment le 9 août 2019 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, et qu'il est mentionné au fichier du traitement des antécédents judiciaires ayant fait l'objet de signalements le 30 décembre 2010 pour faux ou usage de faux document administratif et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 1er octobre 2013 pour appels téléphoniques malveillants réitérés et atteinte à l'intimité de la vie privée par transmission de l'image d'une personne, le 24 février 2014 pour des faits de chantage et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 19 novembre 2014 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et le 15 mars 2021 pour circulation avec un véhicule à moteur sans assurance. En se bornant à relever qu'il n'est pas l'auteur de la majorité des faits qui lui sont reprochés, M. A ne conteste pas sérieusement la matérialité desdits faits. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, eu égard à la répétition jusqu'à une date récente des faits délictueux énoncés et à leur gravité, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 précité en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet pouvait légalement refuser de lui accorder le titre de séjour sollicité pour ce motif.

8. En tout état de cause, M. A ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants de nationalité française, nés respectivement le 2019 et le 2020. Il est séparé de la mère de son premier enfant, et s'il soutient vivre en concubinage avec la mère de son second enfant, l'intéressé n'établit pas, à la date de la décision contestée, résider avec la mère et l'enfant. Si le requérant produit des pièces, notamment neuf factures comportant l'achat de fournitures pour bébé et trois certificats médicaux, toutefois ces pièces qui ne vont pas au-delà de l'année 2019 sont insuffisantes pour démontrer la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de son premier enfant. Pour établir sa contribution à l'entretien de son second enfant, le requérant se borne à produire neuf factures comportant des achats de fourniture pour bébé qui sont antérieurs à juin 2021 et un seul certificat médical, au caractère non probant dès lors qu'aucun cachet du signataire ne figure sur le document. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être en tout état de cause écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes des stipulations du 1de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. A déclare être entré en France en 2005 de façon irrégulière, et qu'il a été titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " entre le 30 novembre 2011 et le 29 novembre 2012, les pièces produites ne permettent pas d'établir une résidence habituelle et continue en France depuis 2005. S'il se prévaut de la présence en France de sa concubine, ressortissante française, et de ses enfants, il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'il ne justifie ni de la communauté de vie avec sa concubine, ni entretenir des liens avec ses enfants. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, ni qu'il serait contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,Signé Signé M. SalzmannM. DLa greffière,Signé A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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