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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214511

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214511

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBEN YAHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 26 septembre 2022, 5 et 11 avril 2023, M. A D, représenté par Me Ben Yahmed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant le temps de l'instruction.

Il soutient que :

- L'arrêté attaqué est entaché de défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que la présence de sa femme et de son fils sur le territoire français n'a pas été prise en compte ;

- L'arrêté est entaché de méconnaissance du droit d'être entendu ;

- Il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 23 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Weidenfeld, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article

L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme E a lu son rapport et entendu les observations de Me Ben Yahmed, représentant M. D, présent et assisté de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant turc né le 25 novembre 1969, est entré en France en 2016, selon ses déclarations, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 janvier 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 mai 2021 et ses demandes de réexamen ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile. Le requérant a fait l'objet, le 16 septembre 2022, d'un arrêté pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit et l'interdisant de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté litigieux n'a pas pris en compte la présence sur le territoire français de la femme et du fils du requérant, dont la demande d'asile a été enregistrée le 15 mars 2023, n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen, dès lors qu'il n'est, en tout état de cause, pas établi que cette circonstance serait antérieure à l'arrêté litigieux.

4. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 3, le requérant ne peut faire valoir que faute d'avoir été entendu, il a été privé de la possibilité de porter utilement à la connaissance de l'administration la présence de sa femme et de son fils sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il est constant que M. D a vécu éloigné de son épouse et de son fils pendant au moins six ans et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté litigieux, la famille était réunie et entretenait des liens d'une particulière intensité. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6. En cinquième lieu, le requérant produit un ordre d'interpellation qui aurait été émis le 26 août 2022 par un juge du tribunal de police d'Ankara, en raison d'un délit d'injure envers le président de la République commis depuis le compte Facebook du requérant le 11 août 2022. Toutefois, ce seul document ne suffit pas à justifier de la réalité et de la gravité des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine, alors que, comme il a été dit, sa demande d'asile a été rejetée par les organe et juridiction compétents et que le requérant n'apporte aucun élément sur les publications qui auraient été effectuées sur son compte Facebook alors qu'il se trouvait en France.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.

La magistrate désignée,

K. E

La greffière,

M. B La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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