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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214689

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214689

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantSITRUK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, M. C A, représenté par

Me Sitruk, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a sollicité réexamen de sa demande d'asile et est en attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

- l'arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiqué au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Par une lettre du greffe en date du 21 octobre 2022, une copie de la décision de la cour nationale du droit d'asile n° 2201659 du 29 juin 2022 concernant le requérant lui a été communiquée.

Le 24 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit la fiche " TelemOfpra " concernant le requérant, laquelle fiche lui a été communiquée le même jour.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. L'hôte, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte ;

- et les observations de Me Sitruk, représentant M. A, absent ; l'avocate, qui précise qu'elle n'a pas pu rencontrer son client, reprend les écritures en insistant sur le fait que le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile et qu'il est dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile, de telle sorte qu'il a droit à son maintien sur le territoire national.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé

M. A, ressortissant turc né le 1er octobre 1993, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. M. A en demande l'annulation.

I- En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, Par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B E, auteur de l'arrêté querellé, pour signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le délai de départ en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est ni allégué ni établi qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées à la date à laquelle l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En second et dernier lieu, l'arrêté en litige vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il comporte par ailleurs une analyse détaillée de sa situation administrative et personnelle sur le sol français. Les décisions en litige comportent dès lors les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

II- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 de ce code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin () 1° Dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Aux termes de son article L. 531-42 : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile./L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision./Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien./Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité. ". Aux termes de soin article R. 531-19 : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Enfin, aux termes de son article R. 532-57 : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. "

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides en date du 4 mai 2020, notifiée le 10 juillet suivant, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 19 avril 2021, notifiée le 30 avril suivant. Si M. A a présenté une demande réexamen de sa demande d'asile le 22 décembre 2021, cette demande de réexamen a été rejetée par une décision de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides en date du 31 janvier 2022, notifié le 10 février suivant et prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en application des dispositions du b du 1° de l'article L. 542-2 de ce même code le droit au maintien sur le territoire national de M. A avait pris fin le 10 février 2022, ce nonobstant la circonstance que l'intéressé a, le 11 avril 2022, formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre cette décision. En tout état de cause, ce recours a été rejeté par une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 22 juin 2022, lue le 29 juin 2022 et notifiée le 7 juillet suivant.

6. En second et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Si M. A soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée et familiale, il n'assortit ce moyen d'aucune précision qui permettrait au juge d'en apprécier la portée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même de celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

III. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. A l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant la Turquie comme pays de destination de son éloignement, M. A ne verse pas aux débats de documents suffisamment probants pour permettre d'établir qu'il encourrait de graves risques en cas de retour dans son pays d'origine, ainsi que l'a d'ailleurs déjà l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides dans sa décision en date du 4 mai 2020 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 19 avril 2021, puis dans sa décision du 31 janvier 2022 statuant sur la demande de réexamen du requérant, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 29 juin 2022. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 ne peut qu'être écarté. Il en va de même de celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondée à demander

l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de

la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination

du pays dont il a la nationalité et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire

français d'une durée de douze mois. Il suit de là que la requête doit être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

F. L'hôte

Le greffier,

Signé

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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