vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2214822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Mouret, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant malien, a sollicité, le 11 octobre 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 juin 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0840 du 1er avril 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B A, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 26 avril suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme F E, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B A, dont il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque l'arrêté litigieux a été pris, à l'effet de signer notamment les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application, en particulier l'article L. 435-1 sur le fondement duquel M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et expose de façon suffisamment précise les considérations de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour considérer que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, en particulier la circonstance qu'il n'établit pas sa présence en France durant les années 2012 à 2015 et 2017, qu'il n'y dispose pas d'attaches familiales particulières et que son insertion professionnelle en France n'est pas d'une intensité et d'une qualité telles qu'elle justifierait son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. Si M. D soutient résider en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, les pièces qu'il verse au dossier ne permettent pas d'établir sa présence habituelle sur le territoire français durant les années 2014 à 2017, ainsi que l'a d'ailleurs relevé le préfet. Le requérant ne produit en effet que très peu de justificatifs au titre de ces années, revêtus pour l'essentiel d'une valeur probante faible, et dont aucun ne permet d'établir sa présence en France durant les périodes, de plus de six mois, comprises entre mars à octobre 2014, mars à octobre 2015, janvier à août 2016 et septembre 2016 à mars 2017. Dans ces conditions, M. D ne démontre pas résider en France depuis plus de dix ans sans discontinuer à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis de vice de procédure en ne sollicitant pas l'avis de la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 4.
6. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait s'agissant de l'ancienneté de sa présence en France et de son insertion professionnelle.
7. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. D n'établit pas, par les pièces produites à l'instance, sa résidence habituelle en France durant les années 2014 à 2017. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que l'intéressé ne justifie pas d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire français à la date de la décision attaquée.
8. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation de travail signée par l'employeur de M. D le 2 septembre 2021 a été établie sous l'identité réelle du requérant, contrairement à ce qu'indique le préfet, il ressort néanmoins des pièces du dossier que la totalité des bulletins de salaire produits par le requérant pour justifier de son activité professionnelle depuis le 1er aout 2019 sont établis au nom de " Ladji D ", et qu'en tout état de cause, le préfet a pris en compte l'existence de cette activité professionnelle pour apprécier l'insertion professionnelle en France du requérant, de sorte que l'erreur qu'il a commise en considérant que la demande d'autorisation de travail n'était pas présentée sous l'identité réelle du requérant apparait, en l'espèce, sans incidence sur l'appréciation qu'il a portée sur son insertion professionnelle. En outre, si le requérant produit trente-quatre bulletins de salaire dans le cadre de l'instance, couvrant la période comprise entre aout 2019 et mai 2022, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il avait pris en compte les trente-quatre bulletins de salaire produits par le requérant, de sorte que l'erreur de fait invoquée est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse.
9. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté dans toutes ses branches.
10. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
11. A l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. D se prévaut de sa longue durée de présence en France et de ce qu'il travaille en qualité d'agent de service depuis le 1er aout 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le requérant ne justifie pas avoir résidé de façon continue en France durant les dix dernières années, en particulier durant les années 2014 à 2017. En outre, s'il ressort des pièces du dossier, notamment du contrat de travail et des bulletins de paie produits par le requérant, que l'intéressé est employé comme agent d'entretien dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel depuis deux ans et dix mois à la date de la décision attaquée, cette seule circonstance n'est pas de nature à caractériser un motif exceptionnel justifiant son admission au séjour. Dans ces conditions, et en l'absence d'autres éléments particuliers démontrant que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent en refusant au requérant la délivrance du titre sollicité. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il résulte de ce qui précède que M. D ne démontre pas sa présence continue en France durant les dix années précédant la date de la décision attaquée, en particulier durant les années 2014 à 2017, et que la circonstance qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'agent d'entretien depuis presque trois ans n'est pas suffisante à caractériser une insertion professionnelle d'une particulière intensité en France. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. D est célibataire et sans enfant et ne fait valoir aucune attache familiale en France, tandis qu'il résulte des mentions non contestées de la décision attaquée que ses parents et sa fratrie résident toujours au Mali. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des objectifs qu'elle poursuit, et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours.
15. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. D doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 juin 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, présentées par M. D doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par le requérant.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Mouret et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
La rapporteure,
S. Van Maele
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2214822
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026