mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2214974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 6 octobre, 24 novembre 2022, 12 septembre 2023 et 14 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous peine de la même astreinte, de lui remettre, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas usé de son pouvoir de régularisation pour lui accorder un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivées ;
- elle méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit à l'instance.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 6 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bernabeu a été lu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante malienne née en 1999, est entrée en France en 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Elle a sollicité le 31 mars 2022 le renouvellement de sa carte temporaire de séjour. Par un arrêté du 23 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet mentionne que Mme A, entrée en France le 24 avril 2021 sous couvert d'un visa d'installation valable jusqu'au 15 mars 2022, est mariée à un ressortissant français depuis 4 novembre 2019 mais qu'elle ne peut plus se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-1 du code précité dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de justifier de sa vie commune avec son époux et qu'elle présente des documents relatifs à son intention d'entamer une procédure de divorce. Il en conclut que l'intéressée est séparée, sans charge de famille et relève qu'aucun obstacle ne l'empêche de mener dans son pays d'origine une vie privée et familiale normale, ses parents et sa fratrie y résidant. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité du moyen, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme A soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que, présente en France depuis 2021, elle s'est intégrée professionnellement et socialement au sein de la société française en suivant une formation professionnelle certifiante et qu'elle réside avec un ressortissant étranger en situation régulière sur le territoire français avec qui elle a eu un enfant le 29 mai 2023. Il est toutefois constant qu'à la date de l'arrêté litigieux, l'intéressée, entrée sur le territoire français pour rejoindre son époux français avec qui elle était mariée depuis le 4 novembre 2019, était en instance de divorce avec ce dernier et, partant, qu'elle ne vivait plus avec lui. Si Mme A soutient être en couple avec un ressortissant malien en situation régulière sur le territoire français depuis sa séparation avec son époux, et avec qui elle a eu un enfant en 2023, cette circonstance ne permet néanmoins pas de justifier de liens privés et familiaux anciens sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ses parents et sa fratrie résident dans son pays d'origine. Enfin, si Mme A établit avoir suivi une formation préparant au certificat d'aptitude professionnel en pâtisserie durant l'année 2022, cette circonstance ne permet pas d'établir une insertion professionnelle suffisamment ancienne sur le sol français. Dans ces conditions, la décision lui refusant le séjour n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la décision litigieuse n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier ou d'une erreur de droit en ne régularisant par la situation de Mme A au titre de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi :
8. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée [] Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code précité : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents [] ".
9. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux, qui vise l'article L. 611-1 du code précité, que la mesure d'éloignement a été prise à la suite du refus opposé par le préfet de la Seine-Saint-Denis à la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A. Par suite, eu égard à ce qui a été retenu au point 3, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation porté à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
10. En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, l'arrêté litigieux vise les articles L. 721-3 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la nationalité malienne de la requérante, permettant ainsi d'identifier le Mali comme pays d'origine et, partant, pays de renvoi. En outre, l'arrêté précise que Mme A n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, et sans qu'il soit à nouveau besoin de se prononcer sur la recevabilité du moyen, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays vers lequel elle pourra être renvoyé d'office ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
12. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Mme A n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, en dépit de sa grossesse à la date de l'arrêté litigieux, qu'elle pourrait être personnellement exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention citée au point précédent ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par l'avocat de la requérante sur leur fondement.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lantheaume et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Lacaze, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
Le rapporteur,
S. Bernabeu
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026