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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216217

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216217

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonniere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à défaut, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé ;

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Marias ;

- les observations de Me Goeau-Brissonnière pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er janvier 2004, de nationalité algérienne, entré en France en août 2021, alors qu'il était mineur, a été remis provisoirement à l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Saint-Denis par ordonnance du substitut du procureur près le tribunal judiciaire de Bobigny du 22 octobre 2021. Par un arrêté du 31 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cet arrêté a été annulé par le tribunal administratif de Montreuil par jugement du 23 mars 2022. Dans le cadre de l'injonction de réexamen prononcée par ce jugement, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que mineur isolé pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande et prononcé l'obligation pour M. A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté entrepris ni des autres pièces du dossier que, pour prendre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le préfet n'aurait pas examiné sérieusement la situation personnelle de M. A.

4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète et exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de la validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, de même que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de modalités d'admission au séjour semblables à celles prévues, notamment, par les dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. A supposer même qu'en ayant relevé que la formation de M. A aux métiers de table était inférieure à six mois le préfet ait ainsi commis une erreur matérielle, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation de la situation d'un Algérien, aurait pris une autre décision s'il avait également mentionné la " prépa apprentissage " suivie par l'intéressé à compter du 17 février 2022. Par ailleurs, le préfet a également relevé que M. A était défavorablement connu des services de police, notamment pour des faits récents de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, vol à l'étalage et violence commise en réunion. En soutenant seulement qu'il n'a jamais commis d'infraction et que la preuve de celles-ci n'est pas rapportée, M. A ne conteste pas sérieusement le motif retenu par le préfet.

6. La seule circonstance que M. A, arrivé en France à l'âge de 17 ans, poursuive, après une formation initiale dans les métiers de cuisine, un apprentissage au sein de la société DHIAFA pour une durée de deux ans n'est pas de nature à entacher la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, et alors en outre que M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où demeurent ses parents et un frère, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, hormis celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Goeau-Brissonniere.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

H. Marias

Le président,

J.-F. Baffray

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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