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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216554

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216554

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, M. C A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 en ce que le préfet n'établit pas avoir informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de transfert ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en ce que le préfet n'établit pas lui avoir notifié les informations complètes contenues dans la brochure " A " relative à la détermination de l'État responsable de sa demande d'asile et la brochure " B " relative au déroulement de la procédure " Dublin " et en particulier les informations relatives aux risques encourus en cas de fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 14 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny en date du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er août 1992, a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 23 février 2021. Par un arrêté du 3 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de le remettre aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 23 juillet 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2021. Il a sollicité, de nouveau, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 9 novembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Dans l'hypothèse d'un départ contrôlé dont l'État responsable du transfert assure l'organisation matérielle, en prenant en charge le titre de transport permettant de rejoindre l'État responsable de l'examen de la demande d'asile depuis le territoire français ainsi que, le cas échéant et si nécessaire, le préacheminement du lieu de résidence du demandeur jusqu'à l'embarquement vers son lieu de destination, le demandeur d'asile qui se soustrait délibérément à l'exécution de son transfert ainsi organisé doit être regardé comme en fuite, au sens de ces dispositions.

3. Par ailleurs, l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'État requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, a été notifié à l'administration, quel que soit le sens de sa décision. À l'expiration du délai d'exécution du transfert, la décision de transfert notifiée au demandeur d'asile ne peut plus être légalement exécutée.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 3 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de transférer M. A aux autorités italiennes, lesquelles ont expressément donné leur accord pour la reprise en charge du requérant le 25 avril 2021. Ainsi, le délai initial de six mois dont disposait le préfet pour exécuter cette décision de transfert courait jusqu'au 25 octobre 2021. Le requérant a formé un recours contre cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 23 juillet 2021. Le délai de six mois prévus à l'article 29 du règlement précité a recommencé à courir à compter de la date de notification du jugement à l'administration. Le requérant soutient, sans être contesté, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'ayant pas produit de mémoire en défense, qu'il a sollicité, auprès de ce dernier, l'asile en procédure normale. Par une décision du 9 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Le refus est fondé sur le motif tiré de ce que le requérant ne s'est pas présenté à la convocation du 20 janvier 2021 et s'est délibérément soustrait à l'exécution de son transfert. M. A affirme, sans être contredit, qu'il s'est rendu à cette convocation. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'apportant pas la preuve de la volonté de M. A de se soustraire de façon systématique à l'exécution de son transfert, l'intéressé ne peut, dès lors, être regardé comme ayant été en fuite. Ainsi, le délai pour exécuter la décision de transfert du 3 juin 2021 est expiré. Il s'ensuit qu'en refusant d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et à la circonstance que le délai d'exécution de la décision de transfert a expiré, l'annulation de la décision du 9 novembre 2022 implique nécessairement, que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède à l'enregistrement de la demande d'asile de M. A en procédure normale dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros, à verser à Me de Seze, avocat de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 9 novembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me de Seze, avocat de M. A, une somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteure,

Mme Caldoncelli-Vidal La présidente,

Mme Delamarre

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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