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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217099

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217099

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCARRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Carro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Nguër, rapporteure.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant camerounais, né le 5 mai 1986 à Koutaba (Cameroun), est entré sur le territoire français le 7 septembre 2015 au moyen d'un visa de court séjour. Le 9 février 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser le séjour à M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a notamment opposé la circonstance que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Le préfet a, en effet, relevé que le requérant avait été interpellé, le 10 septembre 2020, pour des faits de vol simple et violence aggravée par trois circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il lui est ainsi reproché d'avoir commis des violences sur sa compagne, Mme A B, qui avait déposé une plainte. Eu égard aux faits ainsi constatés, dont la réalité n'est par ailleurs pas contestée par le requérant, le comportement de M. C doit être regardé comme caractérisant une menace pour l'ordre public, sans qu'y fasse obstacle la rétractation de sa compagne le 11 novembre 2022, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, depuis 2018, M. C partage une vie commune avec Mme A B, ressortissante camerounaise, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 27 juillet 2023, et que de leur union est née, le

14 septembre 2018, une enfant prénommée Etoile. Le 13 février 2020, les intéressés se sont liés par un pacte civil de solidarité. En outre, Mme B est également mère de trois autres enfants, ressortissants français, nés en 2009, 2011 et 2012. Il ressort également des pièces du dossier que, si le requérant est sans emploi, Mme B exerce la profession d'agent d'exploitation qualifié depuis le 4 janvier 2018. Enfin, comme il a été dit au point 2. du présent jugement le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'aux circonstances propres à sa vie familiale, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

6. Comme il a été dit au point 2. du présent jugement, le comportement de

M. C représente une menace pour l'ordre public. Ce faisant, l'enfant Etoile C a vocation à rester auprès de sa mère et de sa fratrie, séparée de son père. Eu égard aux circonstances de l'espèce qui viennent d'être énoncées, la décision refusant le séjour au requérant ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

7. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le séjour à M. C.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par voie d'exception, tiré de cette illégalité et dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure d'éloignement.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision refusant au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire est motivée par la menace à l'ordre public que constitue son comportement, conformément aux dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée par la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, conformément à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision d'éloignement n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par voie d'exception, tiré de cette illégalité et dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En dernier lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

18. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante, doivent également être rejetées les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

M. Nguër

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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