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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217240

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217240

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantDOUCERAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2215977 du 29 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 24 novembre 2022, présentée par M. B A.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistré le 21 mars 2023, M. B A, représenté par Me Doucerain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union Européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour avant la notification de l'arrêté attaqué ; la notification de l'arrêté attaqué emporte nécessairement refus de titre de séjour implicite ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation à quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à sa date de naissance ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- il n'a pas été informé de l'enregistrement de son signalement dans le fichier SIS, en méconnaissance de l'article 42 du règlement (CE) n° 1987/2006 du 20 décembre 2006 et des articles 10 et 11 de la directive 95/46/CE ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dupuy-Bardot, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E, qui a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme révélant une décision de refus de titre de séjour et que les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision inexistante sont irrecevables ;

- les observations de Me Doucerain, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête et fait en outre valoir que M. A est convoqué le 22 septembre 2023 en préfecture de la Seine-Saint-Denis en vue de l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, que M. A, présent en France depuis l'année 2012, travaille comme ouvrir du bâtiment comme en attestent les virements et remises de chèque figurant sur ses relevés de compte bancaire, que l'erreur de fait concernant la date de naissance de M. A a une incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Le préfet des Hauts de Seine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 2 août 1994, déclare être entré en France en 2012. Par un arrêté du 24 novembre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la portée de l'arrêté du 24 novembre 2022 :

2. M. A fait valoir qu'il déposé un dossier de demande de titre de séjour sur le site internet " démarches-simplifiées.fr " le 24 novembre 2024, date d'édiction de l'arrêté attaqué, et que celui-ci révèle donc un refus de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne subordonne pas le prononcé de cette mesure d'éloignement à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. En outre, l'avocat du requérant a précisé à l'audience que cette demande de titre de séjour était toujours en cours d'examen et que l'intéressé était convoqué à la préfecture de la Seine-Saint-Denis au mois de septembre 2023. L'arrêté attaqué ne comportant aucune décision de refus de séjour, les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision, matériellement inexistante, sont par suite irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme D, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement qui avait reçu, par un arrêté n° 2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans les Hauts-de-Seine du 17 octobre 2022, une délégation à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire assortie ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'a pas été absente ou empêchée lors de la signature de l'acte attaqué.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comprend. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre ces décisions. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation à quitter le territoire français :

5. En premier lieu, si la décision attaquée mentionne par erreur que M. A est né le " 02/08/1994 à GHERBYA " en Egypte, informations qui ont été recueillies lors de son audition par les services de police, alors qu'il est né le 1er septembre de la même année à Gharbeya en Egypte, ainsi que le mentionne son passeport, les erreurs matérielles quant à sa date de naissance et sa ville de naissance sans conséquence sur le sens de la décision attaquée sont, par suite, sans incidence sur sa légalité.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis l'année 2012 et qu'il travaille en qualité d'ouvrier du bâtiment, en produisant des relevés bancaires faisant état de remises de chèques ou de virements. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, sans méconnaître le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre la mesure d'éloignement contestée, compte tenu du fait que M. A est célibataire et sans charge de famille, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et qu'il ne justifie pas du caractère continu de son activité professionnelle en France.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, pour les motifs indiqués précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de articles L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français sans être en possession d'un visa et alors qu'il soutient être présent en France depuis plus de dix ans, n'a présenté un titre de séjour qu'après son audition par les services de police le 24 novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet au regard de l'articles L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, pour les motifs indiqués précédemment, les décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire ne sont pas illégales. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

13. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 42 du règlement n° 1987/2006 du 20 décembre 2006 susvisé : " Les ressortissants de pays tiers qui font l'objet d'un signalement introduit en vertu du présent règlement sont informés conformément aux articles 10 et 11 de la directive 95/46/CE. Cette information est fournie par écrit, avec une copie de la décision nationale, visée à l'article 24, paragraphe 1, qui est à l'origine du signalement, ou une référence à ladite décision. ".

14. La circonstance que M. A n'aurait pas été destinataire de l'information prévue par l'article 42 du règlement n° 1987/2006, conformément aux exigences de la directive 95/46/CE relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, alors au demeurant qu'il a été informé, aux termes de l'article 3 de l'arrêté attaqué, qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, est sans incidence sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). "

16. Le préfet a refusé d'accorder à M. A un délai de départ volontaire et ce dernier se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à son encontre. En outre, eu égard à ce qui été dit au point 7, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral en litige du 24 novembre 2022, de sorte que ses conclusions en annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

La magistrate désignée,

N. E Le greffier,

S. Labart

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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