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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217379

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217379

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantARROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2022 et 8 mai 2023, M. B, représenté par Me Arrom, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que le préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 611-1, L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de preuve de la notification de la décision de rejet de sa demande d'asile par la cour nationale du droit d'asile, dans une langue qu'il comprend ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Arrom, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens des écritures. Il relève que le préfet ne justifie pas de la notification régulière de la décision de rejet de se demande d'asile par la CNDA dès lors que la fiche TelemOfpra mentionne une date de notification au 28 septembre 2022 pour une décision du 19 septembre 2022 alors que la lecture en audience publique a en principe lieu trois semaines après la date de la décision.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 4 juin 1979 à Munshiganj (Bangladesh), a présenté une demande d'asile rejetée par une décision du 22 février 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 19 septembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 3 novembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. L'arrêté litigieux vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles des articles L. 611-1 4°, L. 612-1, L. 721-3 et

L. 721-4 de ce code. Il vise également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant, précise que la demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par l'OFPRA le 22 février 2022 et que cette décision a été confirmée par la CNDA le 19 septembre 2022. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant, relève que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans un pays où il est effectivement admissible. Enfin, l'arrêté attaqué souligne que l'intéressé ne justifie pas, en France, d'une situation personnelle et familiale à laquelle il serait porté une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Si M. B soutient que son droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'il a seulement été auditionné dans le cadre de sa demande d'asile et n'a ainsi pas pu faire valoir ses observations sur sa situation en France et la mesure d'éloignement, il ne fait valoir aucun élément précis qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, dirigé contre cette décision, doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait estimé lié par la décision de la cour nationale du droit d'asile et n'aurait pas procédé à un examen effectif de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article

L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article

R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. " Enfin, l'article R. 532-57 de ce code dispose : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

8. Il résulte des dispositions précitées au point 7 que l'étranger qui demande l'asile a le droit de se maintenir à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui a été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), jusqu'à la date de lecture en audience de la décision de la CNDA ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de sa notification.

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de l'arrêté litigieux et de la fiche produite en défense, issue du système d'information mentionné à l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dite " TelemOfpra ", que la décision de la cour nationale du droit d'asile du 19 septembre 2022 rejetant la demande d'asile du requérant a été lue en audience publique, valant notification, le 28 septembre 2022. En se bornant à soutenir que cette mention est incohérente dès lors qu'habituellement les décisions de la cour nationale du droit d'asile ne sont lues en audience publique que trois semaines après la date de la décision, M. B n'apporte pas la preuve contraire, qui lui incombe en application des dispositions de cet article R. 532-57, que la décision de la CNDA le concernant n'a pas été lue en audience publique le 28 septembre 2022. Il avait ainsi perdu le droit de se maintenir sur le territoire français à la date de notification de la décision de la cour nationale du droit d'asile, antérieure à l'arrêté attaqué. Enfin, la circonstance selon laquelle cette décision n'aurait pas été notifiée à l'intéressé dans une langue qu'il comprend est, à la supposer établie, sans incidence sur la fin du droit de l'intéressé au maintien sur le territoire en application des dispositions de l'article L. 542-1 précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées au point 7 doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. B soutient résider en France depuis plus de quatre ans et qu'il y a fixé sa vie privée et professionnelle. Toutefois, il ne produit aucune pièce ni n'apporte aucune précision au soutien de ses dires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

12. M. B ne peut utilement soutenir, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen n'étant opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 12 que l'obligation de quitter le territoire français, qui constitue la base légale de la décision fixant le pays de destination, n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette dernière décision est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

14. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier article de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. B fait valoir que sa vie et son intégrité physique seront menacées en cas de retour au Bangladesh et produit le récit présenté et son entretien devant l'OFPRA, faisant état des persécutions qu'il aurait subies de la part de membres de la ligue Awami dont il soutient être lui-même membre et du maire de sa localité dont il serait le rival. Toutefois, il n'apporte aucune autre pièce et n'établit ainsi pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour au Bangladesh, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le magistrat désigné,

L. C La greffière,

P. Znaor

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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