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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217786

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217786

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 13 décembre 2022, 27 juin 2023 et 23 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Camille Magdelaine, avocate, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour et lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- que l'arrêté préfectoral contesté est signé par une personne incompétente, car ne disposant pas d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- que l'arrêté, insuffisamment motivé, procède d'un défaut d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, se bornant à indiquer que le contrat de travail présenté à l'appui de la demande ne répond pas à la réglementation en vigueur, sans donner plus de précision ;

- qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de sa présence en France et de la réalité de son intégration professionnelle ;

- qu'il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est insuffisamment motivée, dès lors que l'autorité administrative est tenue de se prononcer sur l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- qu'elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les observations de Me Achkouyan, substituant Me Magdelaine, pour Mme B ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 21 août 1983 à Bordj Menaiel (Algérie), est entrée en France le 24 octobre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle déclare s'y être maintenue depuis lors en situation irrégulière. Par un arrêté du 5 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un jugement du 23 septembre 2021, ce tribunal a rejeté le recours de Mme B. Le 20 avril 2022, Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 novembre 2022, dont Mme B demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête

2. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Un ressortissant algérien ne saurait dès lors utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

3. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. En l'espèce, pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée, au titre du travail, par Mme B, qui faisait valoir qu'elle réside en France depuis plus de sept ans et qu'elle occupe un emploi d'agent de service au sein de la société BPS Nettoyage dans le cadre d'un contrat de travail à temps plein et à durée indéterminée conclu au mois de juin 2019, pour une rémunération brute mensuelle de 1 627,42 euros, et se prévalait également du soutien de son employeur, le préfet a indiqué que " l'intéressée, qui exerce sans autorisation le métier d'agent de service et qui présente un contrat de travail tendant à l'exercice de ce métier dans la société BPS ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 7 b de l'accord précité ; en effet, elle n'a pas été en mesure de produire le contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur pour être admise au séjour en France en qualité de salariée ; qu'ainsi son maintien sur le territoire français n'est pas justifié à ce titre ; ".

5. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, ce faisant, le préfet, qui s'est borné à relever que Mme B exerçait illégalement une activité professionnelle sans être titulaire de l'autorisation de travail requise par le code du travail pour les ressortissants étrangers, s'est abstenu de procéder à l'examen de l'ensemble de la situation de Mme B, notamment au regard de son ancienneté de travail et de séjour sur le territoire français, de ses qualifications professionnelles, ainsi que de la réalité et l'intensité de son insertion professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, alors que l'absence d'autorisation de travail ne constitue qu'un élément d'appréciation parmi d'autres pouvant être pris en compte par le préfet dans l'examen, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, la requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse, insuffisamment motivée sur ce point, procède d'un défaut d'examen de sa situation professionnelle, justifiant son annulation pour excès de pouvoir, ainsi que celle, par voie de conséquence, des décisions subséquentes portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant son retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif de l'annulation, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 (mille) euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 28 novembre 2022 concernant Mme B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, vice-président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Henda Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

M. RomnicianuL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

N. Dupuy-Bardot

La greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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