vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2300059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2023, M. A B C, représenté par Me De Seze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil depuis leur cessation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle a méconnu le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations, en méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas établi que sa vulnérabilité ait été évaluée et prise en compte ;
- il appartient à l'OFII d'apporter la preuve que l'entretien de vulnérabilité a été mené, le cas échéant, par un agent qualifié et ayant reçu une formation spécifique ;
- l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile méconnait les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les manquements reprochés ne sont nullement établis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête de M. B C au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 605/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boucetta, rapporteure,
- et les conclusions de M. Breuille, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant soudanais, né le 20 février 2000 à Jebel Aulia (Soudan), a déposé une première demande d'asile, enregistrée en procédure dite " Dublin ", le 25 novembre 2021 auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Il a fait l'objet le 24 décembre 2021 d'un arrêté préfectoral de transfert aux autorités maltaises, qui avaient donné leur accord à sa reprise en charge le 2 décembre 2021, l'intéressé ayant déjà présenté une demande d'asile auprès des autorités maltaises. M. B C a sollicité, le 1er juillet 2022, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Cette demande lui a été refusée, par une décision du même jour, au motif que l'intéressé a refusé d'embarquer dans un avion en vue de son transfert aux autorités maltaises, le 9 juin 2022, et est ainsi regardé comme présentant un risque de fuite.
2. Par une ordonnance n° 2210957 du 29 juillet 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a suspendu l'exécution de cette décision du 1er juillet 2022 et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B C tendant à l'enregistrement de sa demande d'asile. Faute d'enregistrement de sa demande, l'intéressé a saisi à nouveau le juge des référés qui, par une ordonnance n° 2213555 du 19 septembre 2022, a enjoint au préfet de procéder à l'enregistrement en procédure normale de la demande d'asile de M. B C et de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Parallèlement, le 12 septembre 2022, la demande d'asile de M. B C a été enregistrée, au titre d'une première demande d'asile, en procédure dite " Dublin ".
3. Par la décision attaquée du 26 décembre 2022, le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). ". Tel est le cas notamment si l'intéressé se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé, se plaçant ainsi en situation de " fuite " au sens du règlement susvisé.
5. En outre, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) susvisé du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. ".
6. Il résulte des dispositions précitées que la décision par laquelle l'autorité administrative décide le transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable de l'examen de cette demande ne peut plus normalement être exécutée à l'expiration d'un délai de six mois à compter de l'acceptation par l'autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. Si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois courant à compter de l'acceptation de la prise en charge ou reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert. La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se sera soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont M. B C bénéficiait, l'OFII a considéré que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en refusant d'embarquer, le 9 juin 2022, sur un vol vers Malte en exécution de l'arrêté de transfert du 24 décembre 2021 et avait ainsi été déclaré en fuite par l'autorité préfectorale le 13 juin 2022.
8. Toutefois, à la date du 9 juin 2022, le délai de six mois, prévu par l'article 29 précité du règlement (UE) du 26 juin 2023, pour procéder au transfert de M. B C vers les autorités maltaises, commençant à courir à compter de l'acceptation par les autorités maltaises de la reprise en charge de l'intéressé, soit le 2 décembre 2021, était expiré. Dans ces conditions, à compter du 2 juin 2022, faute pour les autorités françaises d'avoir mis à exécution l'arrêté du 24 décembre 2021 ordonnant le transfert de M. B C à Malte, les autorités maltaises étaient libérées de leur obligation de reprendre en charge l'intéressé et la responsabilité de l'examen de sa demande d'asile incombait désormais aux autorités françaises. Partant de là, à compter du 2 juin 2022, M. B C, qui n'était plus soumis à une obligation de transfert vers Malte, ne pouvait être regardé comme en fuite, alors qu'il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'administration aurait, durant le délai de six mois dont elle disposait, soit antérieurement au 2 juin 2022, accompli les diligences propres à assurer la réadmission effective du requérant.
9. Dans ces conditions, l'OFII ne pouvant considérer que M. B C était en situation de " fuite " du fait du refus d'embarquement opposé le 9 juin 2022, alors qu'à cette date l'examen de sa demande d'asile relevait des autorités françaises, M. B C est fondé à soutenir que c'est à tort que l'OFII a estimé qu' il " ne respectait pas les exigences des autorités chargées de l'asile " et mis fin, pour ce motif, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil précédemment octroyées.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B C est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 décembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui le fondent, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir M. B C dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 26 décembre 2022, date à laquelle la décision mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil a pris effet, et jusqu'à la date à laquelle il aura cessé de remplir les conditions pour en bénéficier, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
12. M. B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil de M. B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le versement à Me De Seze de la somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 décembre 2022 du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait et de droit, de rétablir M. B C dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du 26 décembre 2022 et jusqu'à la date à laquelle il aura cessé de remplir les conditions pour en bénéficier, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 100 euros à Me De Seze en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me De Seze et à l'Office français de l'immigration et de de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Romnicianu, président,
- M. L'Hôte, premier conseiller,
- Mme Boucetta, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 04 octobre 2024.
La rapporteure,
H. BOUCETTA
Le président,
M. ROMNICIANULe greffier,
Y. EL MAMOUNI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026