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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302336

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302336

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre (J.U)
Avocat requérantGIROD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 février et 26 juillet 2023 et le 5 janvier 2024, M. A E, représenté par Me Benitez, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à verser à Me Benitez sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

­ l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, d'un défaut d'examen sérieux et particulier et d'une méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

­ il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de droit au regard des articles L. 425-1, R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ les décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdisant de retour sur le territoire français sont également entachées d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

­ le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Doyelle, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, magistrat désigné,

­ et les observations de Me Benitez, représentant M. E, assisté de Mme D, interprète en langue arabe, qui reprend les conclusions et moyens des écritures. Elle confirme tout d'abord que M. E n'est pas mineur. Elle indique ensuite qu'il est témoin et partie civile dans une affaire pénale concernant un réseau de traite des êtres humains dont il a été lui-même victime. Elle précise à cet égard qu'il a été auditionné dès le 21 février 2023 dans le cadre de l'enquête en cours, qu'il n'a menti sur sa minorité alléguée qu'en vue de se protéger du réseau, qu'il ne peut pas être considéré comme troublant l'ordre public car les infractions commises ne l'ont été que sous la contrainte de ce réseau et qu'il n'a, en tout état de cause, fait l'objet d'aucune poursuite pénale. Elle ajoute enfin que la situation de M. E relève d'une circonstance humanitaire pour l'appréciation de la mesure d'éloignement et celle d'interdiction de retour sur le territoire français.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des notes en délibéré présentées par le requérant ont été enregistrées les 10, 11 et 17 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né en 1998, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22/BC/107 du 2 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Seine-et-Marne le 12 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme F C, attachée d'administration d'État, cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer dans la limite de ses attributions tous documents relatifs aux attributions énumérées aux alinéas 2 et 5 de l'article 1er de cet arrêté, parmi lesquelles figurent notamment les décisions attaquées. Le requérant ne saurait sérieusement soutenir que le nom dactylographié du signataire de l'arrêté attaqué ne serait pas lisible. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " La décision fixant le pays de destination, qui est distincte de celle d'obligation de quitter le territoire français conformément à l'article L. 721-3 de ce code, doit également être motivée.

4. En l'espèce, le requérant ne saurait utilement critiquer la motivation des décisions attaquées sur le fondement du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, il ressort des décisions attaquées qu'elles comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui font état de nombreux éléments de fait propres à la situation de M. E, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation. Si le requérant soutient que le préfet n'a pas examiné le fait qu'il était victime d'un réseau de traite des êtres humains et qu'il avait été auditionné dans ce cadre, le 21 février 2023, par les services de la lutte contre la criminalité organisée de B, il ressort du procès-verbal d'audition du 24 février 2023 que l'intéressé s'est borné à indiquer au brigadier de police du commissariat de police de Noisiel avoir menti sur sa date de naissance parce qu'il était victime d'une agression et de violences et qu'il a voulu se protéger dans un foyer pour mineurs, sans spécifier qu'il était victime d'un réseau de traite des êtres humains et sans même mentionner qu'il avait été entendu trois jours plus tôt dans le cadre d'une enquête judiciaire portant sur ce réseau. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et particulier doivent être écartés.

5. En dernier lieu, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte par les autorités compétentes doit être écarté comme inopérant.

6. D'autre part, le requérant invoque également le droit d'être entendu comme partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Au cas particulier, le requérant soutient qu'en l'absence de l'assistance d'un interprète, il n'a pas pu faire valoir sa qualité de mineur préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Il ressort cependant du procès-verbal d'audition du 24 février 2023 que M. E a été assisté d'un interprète en langue arabe et qu'il a d'ailleurs reconnu qu'il n'était pas mineur. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe général du droit de l'Union doit être écarté.

Sur les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; / () ".

8. Il est désormais constant et il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que, contrairement à ce que le requérant soutenait initialement, M. E n'est pas mineur et qu'à la date de la décision attaquée, il avait atteint l'âge de vingt-quatre ans. Dès lors, les moyens tirés d'une erreur de fait et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 425-2 de ce code : " L'étranger à qui un service de police ou de gendarmerie fournit les informations mentionnées à l'article R. 425-1 et qui choisit de bénéficier du délai de réflexion de trente jours prévu au même article se voit délivrer un récépissé de même durée par le préfet ou, à B, par le préfet de police, conformément aux dispositions de l'article R. 425-3. Ce délai court à compter de la remise du récépissé. Pendant le délai de réflexion, aucune décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. "

10. D'une part, les stipulations de l'accord franco-algérien régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance d'un titre de séjour lorsque l'étranger a déposé plainte ou témoigne dans une procédure pénale contre une personne poursuivie des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. D'autre part, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet qui laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier la situation personnelle dont l'étranger se prévaut.

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant, ressortissant algérien, ne peut pas utilement se fonder sur les dispositions des articles L. 425-1, R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans la mesure où l'appréciation de sa situation relève uniquement du pouvoir de régularisation du préfet de Seine-et-Marne. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

13. Le requérant fait également valoir que la mesure d'éloignement n'est pas justifiée du fait de circonstances humanitaires exceptionnelles liées à son statut de victime dans une affaire pénale en cours d'instruction et de sa nécessaire collaboration aux actes d'enquêtes en cours. Ces éléments ne sont cependant pas de nature à considérer que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant à l'encontre de M. E une obligation de quitter le territoire français compte tenu notamment de l'irrégularité de son séjour en France, de son entrée très récente sur le territoire français au mois de juin 2022, de l'absence de ressources et d'attaches familiales sur ce territoire alors qu'il est célibataire et sans personne à charge. Au surplus, les pièces produites à l'instance, à savoir l'avis à victime de se constituer partie civile du 6 novembre 2023, la convocation pour audition de témoin du 23 novembre 2023 et l'attestation de prise en charge par le dispositif national d'accueil et de protection des victimes de la traite du 19 juin 2023 qui sont postérieures à la décision préfectorale du 24 février 2023 sont sans incidence sur sa légalité. Les attestations de l'association " Hors la Rue " de soutien aux enfants étrangers en France des 20 mars 2023 et 5 janvier 2024 mentionnent certes qu'avant la décision attaquée, M. E a été auditionné le 21 février 2023 par une brigade saisie par le parquet des mineurs de B dans le cadre d'une enquête relative à des faits de traite des êtres humains à la suite d'un témoignage sur les modalités d'emprise et de contrainte à commettre des délits dont seraient victimes les mineurs non accompagnés dans le secteur des quatre chemins, mais, même s'il est relevé qu'il a bénéficié d'un dispositif de prise en charge en juin 2023 au titre des victimes de la traite, ces seules attestations demeurent peu circonstanciées sur l'emprise de ce réseau sur M. E qui n'était pas mineur, sur les contraintes exercées à son encontre notamment pour l'obliger à commettre des infractions, voire sur l'importance potentielle de son témoignage dans le cadre de l'enquête pénale qui allait s'ouvrir en avril 2023.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester le bien-fondé de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. E un délai de départ volontaire, dès lors que ce dernier n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne présente pas de garantie de représentation suffisante.

17. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester le bien-fondé de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte du point 14 que le requérant n'est pas fondé à contester la décision l'interdisant de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

19. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

20. Il ressort de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans les cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

21. Le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, qu'il a été incité à adopter des comportements ayant fait l'objet de signalisations au fichier automatisé des empreintes digitales du fait du réseau de traite des êtres humains dont il a été victime et qu'il est témoin et partie civile dans le cadre d'une information judiciaire visant six mis en cause de ce réseau. D'une part, le requérant ne justifie pas qu'il avait la qualité de témoin et de partie civile à la date de la décision attaquée, qu'en tout état de cause, ces éléments ne sont pas, au cas particulier, de nature à constituer une circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qu'il est loisible au préfet d'abroger si nécessaire. D'autre part, à supposer que les trois signalisations pour des faits délictuels de recel de biens commis le 28 octobre 2022 et de détention illicite de substance et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis en réunion le 24 août 2022, outre son interpellation du 23 février 2023 pour vol à l'étalage, devaient être considérées comme résultant de la contrainte d'un réseau de traite des êtres humains et que l'intéressé ne constituerait ainsi pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait pris la même décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, qui ne constitue pas la durée maximale, compte tenu du fait que M. E est entré très récemment, en juin 2022 selon ses dires, sur le territoire français, qu'il est célibataire, sans charge de famille, sans attaches familiales, sans domicile personnel stable et sans ressources légales, alors qu'il dispose en Algérie de membres de sa famille qui l'aident comme il l'a indiqué lors de son audition du 24 février 2023. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 24 février 2023. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation et de mise à la charge de l'État des frais du litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Benitez et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

G. DoyelleLa greffière,

C. Denis

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

3

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