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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302477

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302477

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2023, M. B A, représenté par Me De Seze, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il avait présenté à l'encontre de la décision du 2 novembre 2021 du directeur territorial de l'OFII lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- il appartient à l'OFII d'apporter la preuve que l'entretien de vulnérabilité a été mené, le cas échéant, par un agent qualifié et ayant reçu une formation spécifique ;

- l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile méconnaît les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour l'OFII d'avoir tenu compte de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 551-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'autorité ne démontre pas que la région dans laquelle il a déposé sa demande d'asile souffrait d'incapacité d'accueil ;

- il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus de l'offre d'hébergement ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête de M. A au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta, rapporteure,

- et les conclusions de M. Breuille, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 22 mai 1991 à Sheikhpura (Afghanistan) a formulé une demande d'asile et a reçu une attestation de demandeur d'asile le 2 novembre 2021. Par une décision du même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par un courriel du 20 décembre 2021, il a introduit un recours administratif contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du directeur général de l'OFII du 13 janvier 2022. M. A doit être regardé comme demandant, par la requête susvisée, l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que M. A a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée par l'OFII et que ce motif justifie, après examen de sa situation personnelle, le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La décision en litige comprenant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé, notamment de sa vulnérabilité, avant de prendre la décision en litige.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration détermine la région de résidence en fonction de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région en application du schéma national et en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur au regard de l'évaluation prévue au chapitre II du titre II et de l'existence de structures à même de prendre en charge de façon spécifique les victimes de la traite des êtres humains ou les cas de graves violences physiques ou sexuelles ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants :/ 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; (). / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien, le 2 novembre 2021, mené par un agent de l'OFII, sans qu'aucun élément n'établisse que ce dernier n'aurait pas reçu de formation spécifique à cette fin et qui a été réalisé en langue ourdou, au cours duquel a été évaluée sa vulnérabilité. Au surplus, l'intéressé ne fait état d'aucune situation de vulnérabilité à la date de la décision contestée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé () ".

6. Si le requérant allègue qu'il n'a pas été informé des conséquences d'un refus de son orientation en région, il a toutefois déclaré, ce même jour, en signant sans réserve le formulaire d'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, avoir été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus des conditions matérielles d'accueil. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas la base légale.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a signé le document récapitulant l'offre d'hébergement qui lui était proposé, a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée au sein du centre d'accueil et d'examen des situations (CAES) de Rouen, le 2 novembre 2021, en cochant la case " je refuse cette orientation ". En outre, il ne ressort nullement des pièces du dossier que la situation personnelle de M. A, que ce dernier a exposé lors d'un entretien de vulnérabilité, n'aurait pas été pris en compte. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait méconnu les dispositions de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou celles de l'article L. 551-15 du même code.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la part des demandeurs d'asile résidant dans une région excède la part fixée pour cette région par le schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et les capacités d'accueil de cette région, le demandeur d'asile peut être orienté vers une autre région, où il est tenu de résider le temps de l'examen de sa demande d'asile. ".

10. Contrairement à ce que soutient M. A, il lui appartient d'apporter les éléments de fait et de droit au soutien de ses allégations et ne peut se borner à soutenir qu'il appartient à l'OFII de démontrer que la part des demandeurs d'asile résidant dans une région excédait les capacités d'accueil de cette région pour contester la légalité de la décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il avait présenté à l'encontre de la décision du 2 novembre 2021 du directeur territorial de l'OFII lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles liées au frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Seze et à l'Office français de l'immigration et de de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Romnicianu, président,

- M. L'Hôte, premier conseiller,

- Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 04 octobre 2024.

La rapporteure,

H. BOUCETTA

Le président,

M. ROMNICIANU

Le greffier,

Y. EL MAMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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