mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2303454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | MECHRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mars 2023, M. A C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour en tant que demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
En ce qui concerne de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a produit aucun mémoire mais a communiqué des pièces de procédure les 7 et 11 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. L'hôte, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2023 :
- le rapport de M. L'hôte, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Mechri avocate de permanence représentant M. C, assisté par un interprète en langue turque ; l'avocate reprend les écritures et ajoute que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de fait et de défaut d'examen dès lors qu'elle mentionne que la seconde demande de réexamen a été enregistrée le 13 mars 2023 alors que la seconde fiche " Telemofpra " produite par le préfet mentionne qu'elle l'a été le 28 mars 2023, que le requérant a contesté la décision du 7 avril 2023 par laquelle l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides a rejeté pour irrecevabilité sa seconde demande de réexamen et est dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile, qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ainsi que permettent de l'établir les nouvelles pièces produites à l'appui de la présente requête et qu'en conséquence l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 542-2 et L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, enfin que cette obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; concernant l'interdiction de retour sur le territoire français, elle soutient qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'avocate demande qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant turc né le 22 décembre 1990, a sollicité le 30 octobre 2019, son admission au séjour au titre de l'asile. Cette demande a fait l'objet d'un rejet de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides en date du 31 décembre 2019, notifié le
24 janvier 2020 et confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 21 octobre 2020, notifiée le 30 octobre suivant. Le requérant a présenté une première demande de réexamen le 15 janvier 2021, laquelle a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides en date du 27 janvier 2021 notifiée le 3 février suivant et confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 1er avril 2021, notifiée le 21 avril suivant. M. C a alors présenté une seconde demande de réexamen le 13 mars 2023. En conséquence, le préfet de la Seine-Saint-Denis, faisant application des dispositions de l'article L. 542-2-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles le droit au maintien sur le territoire français du demandeur d'asile prend fin lorsqu'il présente une nouvelle de demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen, a, par un arrêté du même jour, refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une dure de deux ans. Ce dernier en demande l'annulation.
I- Sur les conclusions en annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / () 2° Lorsque le demandeur :: / () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () / () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.". Et aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
4. En l'espèce, il est constant que le requérant a déposé une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen. Il se trouve ainsi dans un cas de figure, où en application des dispositions combinées des articles L. 542-2-2°-c et
L. 611-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait l'obliger à quitter le territoire français. Toutefois, si le préfet pouvait prendre une telle décision, c'était sous réserve du respect, notamment, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Or, M. C, fait valoir qu'il est d'origine kurde, qu'il encourt pour cette raison des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il est recherché par la justice de son pays pour avoir, le 2 décembre 2022, relayé sur son compte " Facebook " des insultes envers le président de la République prononcées par un militant du PKK/KCK (parti des travailleurs du Kurdistan/Union des communautés du Kurdistan). A l'appui de ces allégations, le requérant produit un procès-verbal de perquisition effectué par la gendarmerie turque à son domicile le
6 décembre 2022, un ordre d'interpellation en date du 12 décembre 2022 émanant du juge du tribunal de police de Kars, un acte d'accusation de la 2ème chambre d'assises de Kars en date du 16 janvier 2023, un procès-verbal de l'audience tenue par cette même chambre d'assises le
3 avril 2023, ainsi que leurs traductions effectués par un expert-traducteur près la cour d'appel de Versailles, documents desquels il ressort que M. C est recherché par la justice de son pays pour un délit d'insultes envers le président de la République commis le 2 décembre 2022, qu'il est passible d'une peine d'un an à quatre ans d'emprisonnement prévu par l'article 299 du code pénal turc, enfin que l'audience a été reportée au 11 août 2023 pour permettre à l'avocat du requérant de communiquer l'adresse de ce dernier en France. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté d'observations en défense et n'était ni présent ni représenté à l'audience, ne conteste pas la valeur probante de ces pièces, lesquelles sont en outre cohérentes entre elles et postérieures aux décisions de la cour nationale du droit d'asile concernant M. C. Ce faisant, il y a lieu, en l'état de l'instruction, de considérer que le requérant établit suffisamment qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions combinées des articles L. 542-2 in fine et L. 611-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.
6. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ni de surseoir à statuer, que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions du 13 mars 2023, par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, doit être annulée par voie de conséquence.
II- Sur les conclusions en injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
8. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis procède au réexamen de la situation du requérant. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de procéder à cet examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 mars 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine Saint Denis de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
F. L'hôteLa greffière,
Signé
A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine Saint Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026