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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303998

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303998

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Djamal Abdou Nassur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine Saint-Denis de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été préalablement saisie, alors qu'elle remplit les conditions du renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français prévu à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle vit depuis plus de dix ans sur le territoire ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors que son éloignement portera atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les article 3.1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Caro a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne, née en 1984, entrée en France le 21 septembre 2011, selon ses déclarations, a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français le 19 août 2019. Par un arrêté du 20 mars 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur la décision portant refus de titre de séjour ;

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à Mme B vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant () ".

4. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement à la requérante de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que le père de son enfant français né en juillet 2016, M. C A, a fait l'objet d'un signalement de la cellule fraude du CERT de Melun concernant une suspicion de fraude sur la reconnaissance de paternité de l'enfant Salma A, laquelle a été revendiquée par deux hommes, et de l'absence de participation du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Il ressort des écritures mêmes de la requérante que M. C A a fait l'objet d'une part, d'un refus d'un renouvellement de son passeport et de sa carte nationale d'identité et d'autre part, d'un signalement de la cellule fraude du CERT de Melun concernant une usurpation d'identité. Si Mme B précise que M. C A a contesté les décisions du préfet de Seine-et-Marne lui refusant la délivrance d'un passeport et d'une carte nationale d'identité et l'inscription de son identité au fichier des personnes recherchées comme en témoigne l'avis d'audience en référé suspension versé au dossier, elle ne conteste pas sérieusement la fraude reprochée en se bornant à faire valoir " qu'aucune poursuite judiciaire définitive " n'est établie. En tout état de cause, le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être regardé, par les éléments concordants ainsi recueillis par ses services, comme ayant apporté des indices suffisants à établir les faits d'usurpation d'identité reprochés à M. A et par conséquent, la circonstance que son enfant s'est vue reconnaître la nationalité française grâce aux procédés frauduleux dont il a usé. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B est de nationalité comorienne. Par suite, et alors même que la carte nationale d'identité délivrée à son enfant n'avait pas été retirée ni annulée à la date de la demande de délivrance de titre de séjour et de la décision en litige, eu égard à la fraude à l'origine de l'établissement de cette carte de nationalité française, le préfet était légalement fondé à refuser, pour ce motif, la délivrance à Mme B d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la fraude liée à la reconnaissance de l'enfant de Mme B. Il s'ensuit que le préfet a pu légalement refuser, pour ce motif, la délivrance du titre de séjour demandé.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-27 ()". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. Mme B, qui ne remplit pas, à la date de la décision litigieuse, les conditions entraînant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui ne justifie pas davantage, par les pièces produites, d'une présence de dix ans sur le territoire à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas fondée à soutenir que le préfet était tenu, avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, de saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 de ce code.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Mme B se prévaut de sa résidence en France depuis 2011, de sa qualité de parent d'enfant français et de sa vie privée et familiale avec son compagnon, M. A, père de ses trois enfants, nés en 2016, 2018 et 2019, de nationalité française. Toutefois, il résulte de ce qui est dit au point 4 qu'elle ne peut se prévaloir de sa qualité de parent d'un enfant français. En outre, elle ne justifie sa présence sur le territoire que depuis 2016. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Il n'a pas davantage méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En dernier lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats, ne peuvent être utilement invoquées.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 20 mars 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La rapporteure,

N. CARO

La présidente,

N. RIBEIRO-MENGOLI

La greffière,

P. DEMOL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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